ANGE - Le bois travaille, même le dimanche - © Artdisto 2010 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par CHFAB   
08-04-2010


Vers les cimes…
Ange d’avant, Ange d’après, Ange d’aujourd’hui… Quarante ans au compteur, des sommets du passé, aux hésitations des 80's, et puis la machine relancée dans les promesses d’un sang neuf, avec de belles étapes, avec l’envie effrénée de se débarrasser d’oripeaux peut être trop encombrants aux yeux du dernier maître à bord, mais qui pourtant n’ont jamais pris une ride… Et il vole encore !...
Alors ont poussé de nouvelles plumes donc, parfois un peu empesées, ampoulées, voir complaisantes (et c’est la horde des supporters qui s’apprête déjà à me mettre en pièce…) ; chaque album de cette fierté française (identité ?), version dernière portée (dix ans déjà), réservait jusqu’ici quelques envols copieux, dont on espérait ("on" c’est "je") qu’elles finiraient enfin par occuper tout l’espace d’un disque… on se prêtait à imaginer sa propre compilation, constituée uniquement des pièces les plus progressives de leurs trois derniers albums…
Il n’en sera désormais nullement besoin, tant la très haute teneur en qualité a fini par regagner (enfin !!!) cet équipage.
On sentait poindre, et de très belles façon, de nouvelles velléités harmoniques, de nouvelles sonorités, de nouvelles orientations, lorgnant merveilleusement vers les planeurs jazz rock, hyper mélodiques, et des accents psyché modernes (question : qui peut, de nos jours, réellement ignorer l’impact de PORCUPINE TREE dans notre ciel musical favori ? qui s’en est remis ?), ou bien des traditions plus anciennes et lointaines.
Pour ce nouvel album, le clou est définitivement enfoncé, et c’est bien vers des ravissements auditifs que nous propulse ce dirigeable, fraîchement paré d’ailes touffues, bouleversées, chatoyantes et terribles.
Et l’on y retrouve avec un plaisir formidable les ramages inquiétants et hallucinés des débuts ; cette couleur si fascinante, entre le bleu sombre et le carmin enténébré des dissonances venimeuses…
Oui, mes chers amis, ANGE tutoie à nouveau les cimes atonales et psychédéliques ( KING CRIMSON s’y dévoile aussi, particulièrement avec "Cown Blanc"), avec cette magnifique mélancolie à laquelle il nous a déjà habitué depuis quelques temps, ainsi qu’une énergie décuplée vers le rock, décomplexé plus que jamais.
C’est aussi la modernité des influences qui frappe ;
par la production d’abord, magnifique (travail exceptionnel de Laurent LEPAGNEAU), audacieuse, usant d’effets multiples sur les voix ("Le Bois Tavaille … ", Excellent), les rythmiques parfois programmées, (le trip hop pour "Les Collines Roses", fantastique…), les nombreuses boucles hypnotiques (constellant le disque) des claviers, et le bruit constant de saturations des éléments, tel d’inépuisables machines.
Par l’inspiration, entre néo symphonisme savant, musiques nouvelles, échappées free, jazz, brit pop ("Hors La Loi"), guitares trafiquées ( l’effet WILSON, évidemment…), et gothique planant.
Jamais peut être aussi l’inspiration n’avait autant lorgné vers les expérimentations sonores à tout va, insufflant aux mélodies les plus simples, une épaisseur très étonnante.
Chaque pièce offre son lot de ruptures, de changements incessants, dans les accords comme dans les ambiances, et vraisemblablement Tristan semble être le chef d’orchestre, tant les claviers (incroyablement versatiles, prolixes, se taillant la plupart des soli) emportent nos six compagnons vers les sphères mirifiques. De plus, la musique laisse (là aussi, enfin !!!) l’espace pour jouer, pour développer (la deuxième partie du "Bois…", " Des Papillons, des Cerf-volants ", une splendeur…), on en reste pantois…
La section rythmique est infernale, mais ça, on le savait déjà depuis longtemps.
La guitare de Hassan HADJI n’est plus tout à fait la même ; fini les soli sidérants qui nous foudroyaient jusque là, et jamais peut être son instrument ne s’est aussi bien fondu dans les atmosphères, à l’instar d’un Steve HACKET, altier et aérien à souhait, ou terriblement tranchant dans les riffs rock pur jus (les soli sont sans doute à venir pour la scène)…
Les voix… ah, les voix… bon, là on va égratigner le bas qui blesse (et qui me blesse depuis déjà longtemps…) : l’amorce des années 80 (voyez, ça date déjà pas mal) n’a pas été un cadeau pour Christian DECAMPS ; son organe vocal si extraordinaire lui insufflait autrefois des accents quasi punk (dans l’esprit), très chanson française, où chaque mot était vomi, craché (BREL, bien sûr, mais pas que…), même dans les moindres murmures et récitatifs, et il y avait en effet une révolte absolument palpable chez ce gars là, un truc qui avait même fini par passer les frontières de la langue, puisqu’ANGE avait fini par connaître les débuts d’un réel succès en Angleterre (vous ne rêvez pas !), et puis et puis… la fatigue, la route (les routes), l’ennui (qui sait ?), la famille, ou bien tout simplement la vie, ont fini par opérer une transformation certaine sur son jeu et son chant… Depuis (et à mon déplaisir), le bonhomme fait de la voix, flirtant assez ouvertement avec la complaisance (je l’avais dit: me voilà en cendre, éparpillé aux quatre coins des caniveaux…), à la triste image des cortèges commerciaux, en dégueulendo dans les fréquences fm les plus juteuses, et je ne citerai personne (enfin, je vais essayer)... Bon, pour me faire comprendre : monsieur DECAMPS aime sa voix, aime faire joli dans ses phrasés, et se plaît souvent à être seul spectateur de ses propres émotions (Aaaaah je m’aaaaime !...), entraînant même dans son sillage son propre fils prodige (prodigue ?), tant il semble parfois s’adresser à un certain auditoire d’opéra, (pourtant quel organe, il faut l’entendre, le fiston !).
Pour finir (et achever mon tombeau), je trouve aussi que la plume de monsieur DECAMPS s’est un peu essoufflée à mesure que sa voix a gagné en excès de lyrisme, usant régulièrement de tournures un peu désuètes (un exemple : qui aujourd’hui écrit encore "J’men balance" ?, Michel BERGER ? Ben non, il n’est plus de ce monde, paix à lui…), ceci dit, les sujets abordés tout au long de ces quarante ans de carrière n’ont jamais cessé d’être, et restent encore diablement pertinents (dans le paysage progressif, ça nous change des petits lutins et des concepts indigents et creux…), avec un engagement sans faille qui force le respect. Y en a sur la table !...
Bon, j’ai l’air très prétentieux comme ça, mais c’est aussi pour vous dire que cet album semble me donner raison.
Il se trouve que les défauts abordés ci-dessus se sont considérablement amoindris ; finies (ou presque) les affèteries d’antan, les glissandos façon « je veux faire blues » (Patricia KAAS…?), les fioritures et vibratos à la « Céline DION, va te rhabiller ! », les maladresses mélodiques variétoche (avec tout l’immense respect que je vous dois, monsieur D…). Finies aussi (quasiment)les poses littéraires, artificiellement naïves, se voulant poétiques… ou bien alors peut être est-ce la manière qui a changé, père et fils se faisant moins maniérés justement… Quoiqu’il en soit, c’est un sillon à creuser plus profond encore, et je sais que j’emprunte ici le souhait de beaucoup d’entre nous sur ce sujet…
Ici, les voix se sont faites un peu plus sobre, se répondent, se perdent, se confondent (Caroline CROZAT, Tristan DECAMPS…), se voilent (grâce à de nombreux et très heureux effets, comme sur "Clown Blanc"), et nous régalent de chœurs sublimes ("Les Collines Rose", une merveille)…
Pour finir, chaque morceau est une aventure à lui tout seul, contrastant avec les autres, avec une réelle exigence, et des trésors d’inventivité.
Les thèmes abordés touchent à l’écologie (vu le titre…), les conséquences d’un certain progrès, la politique au sens large, l’oppression industrielle, médiatique, la solitude citadine, la défiguration des campagnes, et l’invite au bien être et à la liberté.
Autant de préoccupations nourries par les dérives insupportables qui nous cernent, de plus en plus… Il faut dire que pour les artistes, il n’y a jamais eu autant de grain à moudre, et ce n’est pas fini…
Bon, et puis je le redis encore, c’est musicalement une splendeur… De ce point de vue, il n’y a quasiment rien à jeter. Tout semble neuf, et l’on croirait presque découvrir un nouveau groupe !...
Au regard récent du parcourt discographique de ANGE, « un chef d’œuvre » est le mot employé par DECAMPS père lui-même, pour qualifier ce nouveau disque (CROSSROADS, janvier 2010), et je ne suis pas loin de penser qu’on s’en rapproche, en effet.
Bravo, oui, comme ça, merci, et… encore… !




Partager
 
 

Chroniqueur : CHFAB

 
 
Line-up


Christian Décamps - Voice, Words, Additional Guitars and Keyboards
Hassan Adji - Guitars, Leads
Tristan Décamps - Voice, Keyboards, Programmings
Caroline Crozat - Voice, Percussions
Thierry Sidhoum - Bass
Benoît Cazzulini - Drums

 

 

 

Tracklist


01. Des Papillons, des Cerf-volants (7:31)
02. Hors La Loi (5:02)
03. Le Bois Travaille, même le Dimanche (12:39)
04. Sous le Nez de Pinocchio (4:48)
05. Voyage en Autarcie (7:05)
06. Jamais Seul (3:30)
07. L’Oeil et l’Ouïe (5:54)
08. Clown Blanc (3:28)
09. Dames et Dominos (3:53)
10. Collines Roses (3:51)
11. Ultime Atome (Anatomie d’un Compte à Rebour) (6:27)
12. A l’ombre des Pictogrammes (6:32)

 

Site officiel :
angemusic.free.fr

Pays:
FRANCE

 


Commentaires
Ajouter un nouveauRechercher
L'administrateur se réserve la possibilité de supprimer tous les commentaires à caractère orduriers et autres.
artur - oui, avec un petit mais euh!   | 77.202.92.xxx | 2011-06-13 12:02:32
Oui, je suis entièrement d'accord, mais, sauf à être sourd (ce qui ne semble pas être encore le cas... ^^) qu'ont-ils fait de la dynamique sonore???????

Si le son me semble beau, je le trouve "plat" pas d'envolées de volume... dommage... tout semble compressé entre deux lignes bien définies...

Dommage sur ce point et bravo pour tout le reste effectivement!!!
Ecrire un commentaire
Nom:
Email:
 
Website:
Titre:
BBCode:
[b] [i] [u] [url] [quote] [code] [img] 
 
 
 
Security Image
Saisissez le code que vous voyez.

Copyright (C) 2007 Alain Georgette / Copyright (C) 2006 Frantisek Hliva. All rights reserved.

Dernière mise à jour : ( 03-05-2010 )
 
< Précédent   Suivant >