Niklas KVARFORTH (SHINING) - 26/10/2010 Par Captain Noodle Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Captain Noodle   
03-11-2010

SHINING fait partie de ces (trop) rares groupes au style réellement inclassable. Si ces Suédois, emmenés par le charismatique Niklas KVARFORTH ont en effet débuté leur carrière avec un Black Metal oppressant et dépressif, ils ont su faire évoluer leur musique au fil d’une discographie ponctuée d‘albums magistraux (les sombres «Angst» et «The Eerie Cold», l’accessible «Klagopsalmer», le chef d’oeuvre progressif «Halmstad») vers une musique d’une grande richesse, tour à tour violente et mélancolique, et dotée d’une sensibilité à fleur de peau. A l’occasion de leur récent concert parisien, nous sommes allés à la rencontre de Niklas pour essayer donc d’en savoir un peu plus sur ce groupe qui, s’il jouit d’une certaine reconnaissance dans le milieu du Metal extrême et underground, mériterait une vraie place d’honneur dans bien des chapelles musicales, à commencer par celle de la musique progressive, bien évidemment.


Progressive Area : Bonjour Niklas. Cette interview va être publiée sur un site dédié entre autre à la musique progressive et je pense que certains lecteurs ne connaissent pas encore SHINING. Pourrais-tu donc, s’il te plaît, présenter le groupe ? Qui l’a formé et quand ?

Niklas : Bonjour. J’ai initié le projet en 1996, et depuis 14 ans, nous avons évolué d’un groupe basique de Black Metal underground vers un groupe aujourd’hui plus… progressif. Tu sais, les influences Metal de notre son sont loin d’être nos influences principales. Je suis celui qui écrit toute la musique du groupe et je me sens bien plus influencé par le son Pop Rock et par bien d’autres choses. Même par la Dance Music. Ma façon de faire est de capter ces influences variées et de les tordre, de les malmener pour en faire ce que je veux.
Que dire d’autre ?… Nous avons eu plusieurs labels de disques, bien sûr. Chacun d’eux étaient nuls, mais maintenant, nous en avons trouvé un bon, pour la première fois (ndlr : Indie Recordings, label qui s’occupe d’ENSLAVED, notamment). Voilà.


PA : Il y a eu pas mal de changements de line-up dans le groupe (ndlr : sur chaque album, en fait). Qu’en est-il aujourd’hui ? L’équipe est-elle stabilisée ? Ce sont les mêmes musiciens qui te suivent depuis Klagopsalmer, l’album précédent sorti en 2009 ?

Niklas :
Non. Nous venons de changer de bassiste. Nous avons eu quatre bassistes différents en six mois… Enfin, de toute façon, je préfère ne pas les appeler «mes musiciens» mais plutôt «mes outils». Pourquoi ils ne restent pas ? Je ne sais pas. Je dois être quelqu’un avec qui il est difficile de travailler. Les guitaristes sont toujours avec moi depuis un petit moment mais le batteur s’en va après la tournée (ndlr : fin novembre 2010, donc).


PA : C’est difficile, à chaque fois, de trouver de nouveaux musiciens ?

Niklas :
Oui, c’est très difficile. Mais maintenant, je travaille à distance avec les guitaristes, par exemple. Nous ne pouvons jamais répéter. Nous habitons à sept heures de route les uns des autres.


PA : Tu les as laissés composer sur "Klagopslamer".

Niklas :
Oui. En fait, nous étions sensés enregistrer deux albums pendant les mêmes sessions et je n’avais qu’une heure de musique. On a donc composé l’essentiel de Klagopsalmer en deux jours, musique et paroles comprises. J’ai dit aux deux guitaristes que s’ils voulaient placer une composition chacun, ils pouvaient le faire cette fois-ci. Il y a également une reprise sur cet album, du groupe Norvégien de Pop appelé Ohm. Mais bon, normalement, je ne laisse pas les autres composer. Quoiqu’en en parlant, je me souviens que John Doe (ndlr : guitariste du groupe entre 2005 et 2006) avait participé à la composition de quelques parties de «The Eerie Cold».

Klagopsalmer - 2009

The Eerie Cold – 2005


PA : Où as-tu déniché Peter HUSS, cet excellent guitariste au jeu bluesy, qui joue aujourd’hui dans SHINING ?

Niklas : Avant lui, nous avions John DOE, qui était un gros problème. On ne compte pas le nombre de fois où il se battait avec nous après nos concerts. Il avait un gros souci d’attitude. Je l’ai donc viré et ai demandé autours de moi qui pourrait reprendre le flambeau. Par contacts interposés, j’ai donc rencontré Peter et ai été très impressionné par ses aptitudes.


PA : Il amène un côté très classic rock, très chaud dans ta musique. C’est très intéressant. A propos de votre évolution musicale : comme tu le disais tout à l’heure, tu es parti d’un Black Metal de facture agressive à un style beaucoup plus ouvert, très personnel, qui va chercher dans beaucoup de domaines musicaux. Cette évolution est-elle consciente, calculée ?


Niklas : J’avais 14 ans quand j’ai enregistré le premier album. Quand tu as cet âge là, tu es très monomaniaque au niveau de tes goûts musicaux. Après, jusqu’à tes 25 ans, tu évolues en tant que personne par bonds gigantesques. Entre 15 et 17 ans, tu n’es déjà plus la même personne… et cela imprime ta musique, évidemment.


PA : A propos du nouvel album. Nous t‘avions vu sur scène en première partie de SATYRICON l’année dernière, en décembre 2009, pour être précis, et j’avais cru comprendre, d’après ce que tu avais dit, que sa sortie était imminente. Pourtant, rien depuis. Qu’en est-il ?


Niklas : Je pensais bien à l’époque que sa sortie était imminente. Ce n’est pas la faute du label si le disque ne sort pas. C’est la faute du producteur qui nous a causé beaucoup de problèmes. Mais finalement, on a une date et il sortira en février 2011… enfin, on l’espère. On parle de SHINING, là, et on ne sait jamais ce qui va arriver (rires).


PA : Tu utilises des voix claires sur cet album ?

Niklas : Oui, sur tous les morceaux.


PA : Cet album a été enregistré il y a donc trois ans. Tu dois avoir envie de rentrer à nouveau en studio, non ?


Niklas : Non, pas du tout. Je n’ai pas composé beaucoup de musique récemment. J’ai surtout travaillé sur ma réhabilitation psychologique. Je suis suivi par un psychiatre et je dois en priorité concentrer mes efforts sur mon bien-être. Bien sûr, dès qu’on aura de nouveaux morceaux, nous les enregistrerons pour sortir notre 8ème album mais je pense que l’on va attendre 1 ou 2 ans avant cela. Nous allons faire quelques festivals mais de toute façon, c’est également la dernière tournée en clubs que nous effectuerons pour le moment. Je ne veux plus faire cela.


PA : Ah bon ?


Niklas : Oui, ça ne sert à rien. Cela fait trop d’années que nous jouons dans les mêmes clubs pour 300 personnes. Ca ne vaut pas le coup. Tu fais des milliers de kilomètres pour gagner trois francs six sous en jouant, en vendant quelques t-shirts. Tu te saoules. Tu te défonces. C’est fatiguant.



PA : Notre prochaine question concernait un éventuel DVD Live. Vu l’intensité de tes prestations scéniques, nous aimerions beaucoup que vous puissiez en enregistrer un. C’est dans vos plans, même si tu veux freiner les tournées ?


Niklas : Oui, on est en discussion en ce moment pour en sortir un. Nous devrions prochainement assurer la tête d’affiche du festival Inferno en Norvège et y inviter pas mal de monde, utiliser de la pyrotechnie etc. Nous en ferions donc la captation et en sortirions un DVD. En fait, nous avons déjà 2 heures de film que nous devions sortir il y a 3 ans mais cela n’a pas pu se faire pour des raisons techniques. Comme d’habitude dans SHINING, dès que tu veux sortir quelque chose, cela prend dix ans. Enfin bref, nous voudrions donc sortir un gros DVD avec tout cela à l’intérieur.


PA : A propos de ton public. Tu évolues dans la sphère Metal mais la musique que tu proposes est très ouverte et est difficilement cataloguable. C’est un handicap pour toi d’être affilié à cette scène exclusivement ? Cela t’amène un public fidèle mais cela ne le restreint-il en même temps pas ?


Niklas : C’est un mélange des deux. Je suis très heureux d’avoir mon public Metal. Mais j’aimerais tellement avoir des fans ouverts d’esprit et venant de tous bords. Mais que veux-tu, j’ai quand même l’impression que nous serons toujours affiliés à la scène Black Metal. J’attends la sortie du nouvel album. J’espère que cela nous mettra un pied dans l’univers Pop Rock. Que cela nous fera avancer un peu.


PA : C’est que nous te souhaitons. A propos de musique éloignées du Metal, nous aimons beaucoup ta participation sur le dernier album de VISION BLEAK. Tu penses refaire des features comme cela dans le futur ? On imagine bien ton univers rencontrer celui de KATATONIA, par exemple.


Niklas : Je n’en ai aucune idée. Pour l’instant, comme je te le disais, je dois me concentrer sur mon bien-être, sur ma vie, ma relation familiale, sur le fait de ne pas boire tous les jours. C’est assez difficile en ce moment. Mais nous allons sortir, normalement l’année prochaine, un double album contenant tous les morceaux sur lesquels j’apparais. Concernant le morceau de VISION BLEAK auquel tu fais allusion, on éditera sur celui-ci une autre version que celle que tu connais et sur laquelle j’ai été un peu limité.


PA : Tu as envie de continuer à faire évoluer ta musique ? D’explorer de nouveaux horizons comme celui, je ne sais pas… de l’électro, par exemple ? Ou bien dois-tu à chaque fois réfléchir à l’orientation musicale de SHINING et te restreindre par rapport à une vision globale ?


Niklas : Non, c’est ce qu’il y a de bien avec SHINING. Je peux faire exactement ce que je veux. Il n’y a pas personne pour me dire « ais ceci» ou «fais cela». Bien sûr, quelques fois, les gars du groupe me freinent un peu dans mes élans quand je pars dans une direction trop barrée. Ils me disent : «Niklas, tu devrais y réfléchir à deux fois avant de développer cette idée. Tu vas encore perdre des fans» (rires). Mais bon, tout ce que je fais vient du cœur et je fonctionne de cette manière. Toujours est-il que j’ai toujours aimé les arrangements électros mais je n’ai jamais trouvé la bonne personne qui puisse se charger de travailler dans ce domaine avec moi. Mais pourquoi pas prendre cette direction dans le futur, peut-être.


PA : Concernant le projet SKITLIV auquel tu contribues aux côtés de MANIAC. Prévoyez-vous de la faire évoluer ? Allons-nous pouvoir vous revoir ensemble sur scène ? (NDLR : Skitliv est le projet musical de l’ancien vocaliste le MAYHEM, dont l’excellent premier album, "Skandinavisk Misantropi", est une plongée dans une version dégradée et sale du heavy des années 70, à la manière de BLACK SABBATH).


Niklas : Oui, bien sûr, ce projet est toujours d’actualité. MANIAC en écrit toute la musique et j’interviens au niveau des arrangements pour rendre cela un peu plus tordu, plus sale. Mais cela fait cinq mois que je n’ai pas parlé directement à MANIAC car il est très occupé et travaille beaucoup. Toujours est-il que nous allons essayer de donner quelques concerts et de faire avancer ce projet.


Skitliv – Skandinavisk Misantropi

PA : Un petit mot sur l’intro du quatrième album, «The Eerie Cold». On y entend quelqu’un littéralement insulter le public Black Metal dans un texte qui doit bien sûr être pris au 40ème degré. Qui parle et quelles ont été les réactions du public visé ?


Niklas : C’est un mec du nom de Max, qui parle. En fait à l’époque, je donnais des tonnes d’interviews pour la presse Black Metal et j’en avais par-dessus la jambe de toujours répondre aux mêmes questions. J’avais envie de tous les envoyer se faire foutre. On a donc enregistré ce laïus qu’on peut entendre au tout début de l’album. Et ça a marché, on a perdu un gros paquet de fans (rires).


PA : A propos de "Halmstad", le cinquième album. Je t’avoue que je trouve cet album extraordinaire. C’est pour moi un vrai chef d’œuvre musical. Et ta voix sur cet album est très impressionnante. Tu arrives à donner une palette gigantesque d’ambiances différentes. Comment travailles-tu cela ? C’est du pur instinct ou bien tu as pris des cours, tu as réfléchis le processus ?

Niklas :
Non, j’ai juste des idées qui me viennent et j’essaye au mieux de les coucher sur bande. La voix n’est pas ce qui est le plus difficile pour moi. J’ai par exemple enregistré les lignes vocales de"Halmstad" en deux jours.


Halmstad

PA : Tu as besoin d’une ambiance particulière pour enregistrer ta musique ?


Niklas : Bien sûr. De manière générale, je pense que tu as besoin d’être dans une ambiance particulière dès que tu crées quelque chose qui a à voir avec de l’Art. Que tu peignes une toile, que tu enregistres un disque, il faut te glisser dans ce que tu fais. C’est un des problèmes que j’ai dans SHINING. Je dois me laisser envahir par des sentiments très négatifs et cela a un impact lorsque je dois retourner à ma vie de famille. SHINING a un côté très destructeur pour moi.


PA : Comme un acteur qui a du mal à sortir de son rôle.


Niklas : Exactement.



Un grand merci à Patricia THOMAS et à Niklas KVARFORTH.

Photos : Emilie Cøltrane (http://www.flickr.com/photos/emiliea/)

Par Captain Noodle et Nicolas Simon

SHINING : http://www.myspace.com/shininghalmstad

 

Commentaires
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Cyric     | 90.46.165.xxx | 2010-11-09 22:21:08
Merci pour cette interview ! Les questions sont pertinentes et les réponses de Niklas intéressantes...

Je ne savais pas que le monsieur était influencé par la musique pop rock. Et le fait que son public soit affilié à la scène black metal me fait penser à la situation vécue par un autre groupe, Ulver, ce dernier s'étant éloigné plus radicalement encore de ses anciens amours en jouant dorénavant de l'électro/ambiant mais qui n'attire pourtant pas les faveurs d'un autre public que celui "metal".

Ces deux groupes n'ont pas la reconnaissance qu'ils méritent.
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Captain Noodle   | 78.226.217.xxx | 2010-11-10 10:14:33
Hello Cyric,

Merci pour ton commentaire.

Concernant Ulver, je suis tout à fait d'accord avec toi. Leur situation au niveau de leur public m'est égalerment venue à l'esprit à l'issue de notre conversation avec Niklas.

Peut-être d'ailleurs que nous profiterons de leur passage à Paris en mars pour en discuter avec eux si l'occasion le permet
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away.alive   | 92.152.111.xxx | 2010-11-11 16:42:28
très sympa cette itw, malgré les nombreuses fautes.
une précision néanmoins : dans la quatrième réponse, la reprise dont parle Kvarforth est celle du groupe Seigmen. C'est la chanson qui s'appelle "Ohm".
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Captain Noodle   | 83.199.30.xxx | 2010-11-12 12:26:57
Exact en ce qui concerne le morceau "Ohm". Il s'agit bien d'une reprise du groupe Seigmen et non l'inverse. Autant pour moi.

En ce qui concerne les autres fautes que tu mentiçonnes, parles-tu des fautes d'orthographe et de grammaire ? Si tel est le cas, nous en sommes désolés et tâcherons d'être plus vigilant à l'avenir sur nos relectures.
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Dernière mise à jour : ( 12-11-2010 )
 
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