|
Marcela BOVIO nous vient du Mexique. Elle est arrivée en Europe grâce à une demande de Arjen LUCASSEN qui cherchait une voix. Manifestement, il l’a trouvée et… nous aussi ! C’est avec beaucoup de gentillesse que la chanteuse du groupe STREAM OF PASSION a répondu à mes questions au Spirit of 66.

Avant toute chose, je voudrais te remercier, Marcela, de nous accorder ces précieux moments qui devancent un concert !
Et bien entendu, Bonsoir !
Suze : Si je te dis « Valley Of The Queens », que me racontes-tu ?
Marcela BOVIO : C’est vraiment une superbe chanson ! J’ai été très heureuse de pouvoir l’interpréter car, finalement, elle représente le début de beaucoup de choses.
S : Et quand tu as renvoyé cette chanson avec ton interprétation, t’attendais –tu à gagner le concours lancé par Lucassen ?
MB : Non, je ne m’attendais pas à quoi que ce soit. J’ai envoyé cette chanson et il fallait attendre le résultat. C’est un ami qui m’avait dit que Arjen lançait ce concours. J’ai donc envoyé une démo de ce que nous faisions avec le groupe à Mexico. Quand j’ai reçu un email me disant qu’il aimait ma voix, je me suis dit « Oh mon Dieu » ! C’était une grosse surprise. Cela représentait ma première fois en Europe et c’était tout simplement grandiose. Ce fut une superbe expérience.
S : Si Arjen LUCASSEN avait choisi quelqu’un d’autre pour « Human Equation », penses-tu que tu aurais quand même abouti hors Mexique ?
MB : Non, en fait, je ne pense pas ! J’aurais fait d’autres rencontres au Mexique et j’aurais eu d’autres projets. Je ne pense pas que je serais venue en Europe. Je suis vraiment très heureuse du tour qu’a pris ma vie. Tellement de choses se sont passées. J’ai fait maintenant tellement de belles expériences.
S : Comment s’est passée la naissance de STREAM OF PASSION ?
MB : Après avoir fait « Human Equation », je me suis dit que j’avais vraiment passé un bon moment en studio. J’avais quelques idées et j’avais très envie de mener mes projets à bien. Mais il fallait aussi me faire à l’idée de refaire mes valises et repartir à Mexico. Quand Arjen m’a proposé de mener à bien un projet conjoint, j’en ai été très heureuse. J’ai travaillé très dur pour mener nos idées à quelque chose de concret et est venu le moment où nous devions penser à constituer un groupe. Nous avions quelques potes en tête et, finalement, tout s’est concrétisé.
S : Considères-tu que tu es une chanteuse ou une vocaliste ?
MB : Oui ! Je pense que quelqu’un que l’on nomme vocaliste a tout juste besoin d’une technique de chant. Moi, j’ai besoin de mettre de l’émotion dans ce que je fais et donc, dans ce que je chante. C’est tout à fait différent. Je pense que je véhicule beaucoup d’émotion dans ce que je fais car je la ressens moi-même. Chanter vient du plus profond de moi-même et, quand je chante, c’est une partie de ma vie qui est mise à nu. C’est quelque chose de tout à fait impossible pour moi de chanter sans émotion ou état d’âme. Je ne pense pas qu’on puisse concilier le fait de chanter et de composer sans y mettre de son âme. Je suis incapable de faire cela.
S : Donc, tu es une chanteuse.
MB : Je crains que oui !
S : Tu composes aussi, que préfères-tu, le chant ou la composition ?
MB : Ouille ! En fait, j’aime les deux. Composition et chant se complètent à merveille. Composer une chanson sous-entend un dur labeur et c’est super de pouvoir enregistrer et mettre en voix ce que tu as composé. Composer demande donc beaucoup d’énergie mais chanter et donner des concerts en live est quelque chose de stupéfiant. Composer demande une certaine introspection tandis qu’interpréter demande de montrer ta personnalité aux autres. Quand tu chantes, tu partages l’énergie qui est en toi avec le public que tu as en face de toi. Les deux choses sont réellement spéciales à mes yeux.
S : Tu parles comme un enfant, tu es très passionnée par ce que tu fais !
MB : Oui, c’est exact ! J’aime vraiment et j’ai la passion de ce que je fais.

S : Bien que beaucoup de femmes fassent maintenant partie de groupes dits « Metal », penses-tu que ce soit un avantage dans un monde qui fut essentiellement masculin ?
MB : Oui, absolument ! Les femmes ont une sensibilité tout à fait particulière. La combinaison de la sensibilité d’une femme avec une musique plus « heavy » cadre très bien. C’est une combinaison qui peut être magique ! Quand j’ai découvert les premiers groupes dont les chanteurs étaient des femmes, cela a provoqué l’émerveillement chez moi ! Je me suis dit : Oh mon Dieu ! C’est merveilleux et étonnant ! J’adore chanter, cela tombe plutôt bien car j’aime le style de musique « heavy ». C’est génial que les portes de ce genre de musique se soient ouvertes aux femmes car elles apportent toute leur féminité et leur sensibilité dans un monde finalement plus dur.
S : Mais tu es néanmoins la seule femme de ton groupe ! Tu ne te sens pas un peu seule parfois ?
MB : Oh, ça va ! Je rencontre parfois des groupes où il y a des femmes comme moi et nous avons de nombreux échanges. J’ai eu l’occasion l’an passé de me retrouver avec des groupes même carrément féminins et j’ai beaucoup aimé. Mais il faut quand même avouer que je préfère de loin évoluer dans ce monde d’hommes qui est le mien et dans lequel je suis habituée à vivre.
S : STREAM OF PASSION est classifié de métal gothique. Es-tu d’accord avec cette étiquette ou aimerais-tu définir le groupe de manière plus complète ?
MB : Oui, finalement, c’est une étiquette correcte. Tous les groupes qui sont catégorisés métal gothique jouent des musiques complètement différentes tout en faisant partie du même genre. Je ne pense pas que nous ayons le même son que EPICA. Ils sont catégorisés métal gothique mais donnent un son autre que nous. De toute manière, le plus important est que les gens qui viennent nous voir soient satisfaits de pouvoir nous mettre dans une catégorie de musique.
S : Tu viens du Mexique où tu avais un groupe, ELFONIA, où en es-tu avec cela ?
MB : Quand j’ai quitté le Mexique, il était tout à fait clair dans ma tête que j’aurais beaucoup moins de temps à consacrer à ELFONIA. C’est un groupe à la musique expérimentale, une relation fusionnelle entre musiciens et instruments, qui ne pouvait certainement pas tenir la distance en continuant de cette façon. Les potes ont bien compris qu’il fallait tirer une croix sur ce passé pas si lointain mais qui allait définitivement être le passé.
S : Connais-tu d’autres groupes d’Amérique latine ?
MB : Oui, c’est étonnant mais nous avons fait connaissance d’un groupe venu du Chili, il n’y a pas très longtemps en Hollande. Ce groupe s’appelle SIX MAGICS. J’étais très heureuse de faire leur connaissance car c’est assez rare de voir un groupe venant d’Amérique Latine dans ces contrées européennes. C’était super de pouvoir parler avec eux.
S : Dans ces pays, y a t-il une réelle audience pour votre genre de musique ?
MB : Oui, absolument. Je ne sais pas expliquer cela mais partout où nous avons été, c’était génial. J’ai vraiment été soufflée lors d’un concert à Mexico. Le public était venu en nombre et les gens semblaient vivre intensément le concert. Nous avons décidé d’élargir un peu nos concerts au travers de l’Amérique et nous avons aussi été au Canada. Je serai toujours étonnée de voir ce public. Même au Canada, nous étions plus que les bienvenus. C’était très agréable de se retrouver devant un public qui s’implique autant dans ce qu’il voit et entend.
S : Tu viens de tourner en Europe et au Canada, dans quel pays te sens-tu le mieux ?
MB : Parmi tous les endroits où nous sommes allés, c’est très difficile de dire lequel est mon préféré. Il me semble qu’en Europe, nous avons affaire à un public beaucoup plus attentif. Chacun essaie de suivre tout ce qui se passe sur scène à tout moment. Mais les gens les plus fous se trouvent en Amérique. Je ne suis sûrement pas impartiale mais je viens aussi de Mexico.
S : As-tu jamais été en Pologne ? Il y a là un public très spécial mais aussi très ouvert à ta musique.
MB : Non, je n’ai pas encore été en Pologne mais j’ai été en Hongrie, à Budapest. C’était une superbe audience là-bas !
S : Je suis d’origine hongroise !
MB : Vraiment ? J’ai adoré Budapest. Les gens sont très accueillants et la ville est très belle. Je pense même y retourner une fois pour des vacances afin de pouvoir visiter correctement cette magnifique ville.
S : Quel est ton port d’attache principal et penses-tu qu’il va le rester ?
MB : Indiscutablement la Hollande.
S : Et tu penses y rester de longues années ?
MB : Je pense bien y passer le reste de ma vie.

S : Actuellement, tu chantes et tu joues aussi du violon, aurais-tu fait la connaissance de la musique avec un instrument ?
MB : C’est un peu drôle finalement car je suis issue d’une famille de musiciens. Mes parents étaient musiciens et, quand j’ai eu 5 ans, ils m’ont inscrite à l’académie de la ville de Mexico, à Monterrey pour être plus précise. Des amis leur avaient suggéré de faire donner des leçons de musique, que ce serait quelque chose de profitable. La musique développe l’intelligence et fait découvrir beaucoup de choses au sein de la personnalité même. Mes parents ont donc suivi les conseils de leurs amis et nous ont inscrites, ma sœur et moi. J’ai donc appris le chant et puis, je me suis mise à la flûte.
S : La flûte fut donc ton premier instrument ?
Mb : Oui, en effet ! La flûte de Pan. C’est vrai que j’ai étudié pendant de longues années au conservatoire avant de me dire que j’aimerais beaucoup faire d’autres choses comme jouer dans un groupe.
S : Et quel a été ton premier groupe ?
MB : Mon tout premier groupe ? C’était un groupe qui ne chantait que des reprises d’autres groupes mexicains. Un mélange de groupes qui faisaient du rock mais aussi de l’Hispanique. On jouait aussi du CRANBERRIES.
S : Et quel âge avais-tu à ce moment-là ?
MB : Oh ! Je pense que je devais avoir autour des 15-16 ans !
S : Penses-tu parfois te lancer dans un genre totalement différent ?
MB : En fait, je pense à faire plein de choses différentes. Je voudrais étoffer ce que je fais pour le moment. Mais chanter me prend énormément de temps. J’aime beaucoup le jazz par exemple. J’adore l’opéra et parfois, je me dis que j’en ferais bien !
S : Quand tu parles d’opéra, tu penses à l’opéra classique ou plutôt à ta musique transmise en opéra ?
MB : Non, je ne pense pas à ça mais plutôt à de l’opéra classique. J’ai déjà un peu fait de ça quand j’étais toujours au Mexique. Le classique sied au classique. J’avais chanté dans des opérettes, en Espagnol, ma langue préférée. C’est tout à fait différent de se retrouver à chanter de l’opérette au Mexique ou se retrouver sur une scène en Europe. C’est extrêmement technique de chanter de l’opéra mais c’est quelque chose que je souhaite réaliser un jour. Un opéra, le rêve ! Mais je voudrais aussi explorer différentes autres choses, plein de choses.
S : Tu as encore du temps devant toi ! Tu as encore quelques années !
MB : J’espère bien !
S : STREAM OF PASSION, un projet ou un groupe ?
MB : Maintenant, on peut dire que c’est un groupe ! Au début, c’était un projet mais l’implication de tous les musiciens nous fait réellement dire que nous sommes un groupe à part entière. Nous avons une interaction extraordinaire quand nous sommes sur scène. Nous faisons absolument tout, ensemble.
S : Et vous êtes vraiment amis dans la vie aussi ?
MB : Oui, absolument ! Je me sens bénie des Dieux d’avoir connu de tels musiciens. Au fur et à mesure que nous nous connaissons mieux, nous devenons les meilleurs amis du monde. Nous partageons pour ainsi dire tout. Nous nous entendons sur tout. Nous avons tous le même genre d’humour idiot qui ne fait sans doute rire que nous, mais nous tous. Nous sommes des gens pacifiques, nous ne nous droguons pas. Nous sommes des fous de musique et cela fait notre force.
S : Quels sont tes projets après cette tournée ? Des vacances, un retour aux sources, un nouvel album ?
MB : Nous comptons nous rendre tôt dans l’année en studio et nous espérons sortir un nouvel album dans le courant de l’été.
S : Quand tu composes une chanson, te la représentes-tu sur scène ou tu ne penses à rien d’autre qu’à la musique et aux paroles ?
MB : C’est assez compliqué mais quand je me mets aux paroles d’une chanson, je pense avant tout à faire passer mes émotions. Si je veux être tout à fait honnête, je me focalise aussi sur ce que les chansons vont donner sur scène, si elles vont susciter une émotion. J’essaie de me concentrer au maximum à l’émotion qui peut naître sur scène, à communiquer la mienne avec le public, être en symbiose avec mes potes. Nous avons tout à partager, tout ce que nous ressentons en jouant notre musique. Nous nous focalisons sur la signification de ce que nous interprétons et cela donne une meilleure interaction avec le public.
S : Quand tu as écrit « The Flame Within », tu as exprimé tes propres sentiments face aux aléas de ta vie ? Tu t’inspires beaucoup de ce que tu vis ?
MB : Oui, en effet. « The Flame Within » représente un peu la vie du groupe au travers du temps. C’était aussi un énorme challenge pour nous. Volant enfin de nos propres ailes, nous étions curieux de voir les résultats de la sortie de cet album. Nous y avons mis toutes nos ressources, tout ce que nous avons dans le ventre.
S : Tu étais invitée sur l’album de THE GATHERING, » The West Pole », une expérience enrichissante que tu recommencerais ?
Mb : Oui, absolument ! Ils cherchaient une chanteuse car la leur était partie. J’ai eu l’idée de faire cet album avec eux. Les connaissant déjà, je les ai contactés. Ils avaient déjà fait quelques concerts avec ELFONIA à Mexico. Ils voulaient d’une collaboration entre nous. Ils m’ont dit que c’était un honneur pour eux de travailler avec nous. Je suis venue avec quelques chansons de ELFONIA et, finalement, ils m’ont dit de faire les choses comme je les voyais. C’était vraiment super et j’étais très contente de collaborer avec eux.
S : Tu recommencerais ?
MB : Bien entendu ! S’ils ont besoin de moi un jour, j’en serais charmée !

S : Plusieurs ex-musiciens de STREAM OF PASSION ont participé à un album de UNWRITTEN PAGES, tu aimerais plus souvent collaborer avec d’autres groupes ?
MB : Oui, c’est vraiment une expérience enrichissante. Nous apprenons beaucoup les uns des autres. C’est toujours très intéressant pour toi de voir les créations des autres et l’inverse, que l’on vienne voir tes créations. Cela ouvre beaucoup de portes et te permet de voir ce qu’il y a derrière.
S : Comment te sens-tu juste avant d’entrer sur scène ?
MB : Oohh ! J’essaie d’être relax. Je prends le temps de me concentrer au maximum, de me focaliser sur ma voix. J’essaie de me mettre en situation de paix vis-à-vis de moi et de ce qui m’entoure. C’est vraiment tout juste avant de rentrer sur scène que je ressens un peu ce trac que tout le monde décrit. Ensuite, je me retrouve sur scène et, là, je donne le meilleur de moi-même.
S : Apprécies-tu de venir jouer dans des salles fort intimes comme celles-ci ?
MB : Oui, j’aime beaucoup ces petites salles qui ont une âme. Il y a des salles énormes où on n’a pas de contact avec le public. Ici, quand les gens viennent, ils savent qu’ils vont voir le meilleur de ce que nous avons à leur offrir. C’est génial de revenir ici et de reconnaître les choses et les gens qu’on a déjà vus. Et puis, nous recevons un excellent repas venant de chez un Chinois que nous apprécions beaucoup. Et, il y aussi cette délicieuse tarte avec du riz dedans et c’est tout crémeux ! J’aime vraiment cet endroit !
S : Quelle est la question qu’on ne t’a jamais posée et que tu aurais bien voulu qu’on te pose ?
MB : Waouw ! C’est une question, ça ! Je ne sais pas ! Et vu la tête de Marcela, nous éclatons toutes les deux de rire ! Je pense que toutes les questions possibles et imaginables m’ont été posées. Je ne sais pas…Personne ne m’a jamais demandé quel était mon fruit préféré !
S : Et quel est-il ?
MB : L’ananas ! Et nous entendons toutes les deux un très discret THIEF…PINEAPPLE, ananas…PINEAPPLE THIEF, voleur d’ananas, un super bon groupe Anglais !
S : Quelques mots pour nos lecteurs de Progressive Area ?
MB : Je voudrais d’abord saluer toutes ces personnes qui nous écoutent et qui vont te lire. Je voudrais remercier tous ceux qui sont nos fervents supporters. J’espère que nous serons bientôt de retour et que les gens nous aimeront toujours.
S : Avez-vous des dates en France ?
MB : A vrai dire non ! Nous avons été là-bas l’année dernière. Nous avons donné des concerts à Strasbourg et Paris. C’était génial ! Mais je dois avouer que ce n’est pas une destination facile à obtenir.
Merci beaucoup Marcela !
Merci à vous !
Partager
Par Suze
Photos par Merlin
|