|
Mine de rien, Il TEMPIO DELLE CLESSIDRE nous est arrivé avec une des belles surprises de l'année 2010. À ne pas en douter, le premier essai éponyme de cette formation italienne, qui allie le talent de deux générations de musiciens, va se retrouver dans les premières positions des palmarès de plus d'un amateur. Du progressif dans la pure tradition du progressif italien des années 70 qui met en vedette les claviers de Elisa MONTALDO et la voix du légendaire Stefano «Lupo» GALIFI, ex chanteur de MUSEO ROSENBACH, mais aussi la basse de Fabio GREMO, la guitare de Giulio CANEPA et la batterie de Paolo TIXI. Histoire d'en savoir plus sur ce nouveau groupe fort prometteur nous nous sommes entretenus avec la claviériste et le chanteur.

Terra Incognita : Pour commencer Elisa pouvez-vous nous parler de vos années de formation et de votre découverte du rock progressif ?
Elisa Montaldo : À l'âge de deux ans j'ai commencé à jouer sur un piano jouet. Je jouais instinctivement des chansons simples que j'avais composées.
À neuf ans j'ai commencé à suivre des leçons privées de piano classique et je l'ai fait pendant 13 ans. Je n'ai pas tenté de graduer au conservatoire mais mon professeur de piano et d'orgue enseignait au Conservatoire Niccolo PAGANINI de Genoa. À seize ans je me suis joint avec plaisir à mon premier groupe pour présenter des concerts d'interprétation de chansons rock et pop. Jouer du piano était ma principale façon de m'exprimer avec le dessin et l'écriture. J'étais une adolescente très gênée et introvertie et pour fuir la triste réalité de la vie j'ai souvent trouvé refuge dans la musique. J'ai commencé à composer instinctivement. Côté technique je n'étais pas très bonne mais je laissais parler mes sentiments et je composais directement au piano. Malheureusement, je devais travailler 8 heures par jour dans un bureau et je ne pouvais pas jouer du piano et répéter comme lors des années précédentes. En 1996 un ami m'a donné une cassette. Sur la face A on retrouvait «Seventh Son of a Seventh Son» d'IRON MAIDEN, je venais de découvrir le hard rock et le métal, et en face B c'était «In the Court of The Crimson King».
Mon ami m'a dit «C'est une musique étrange tu vas peut-être apprécier parce que tu es étrange !». Il avait raison !! Dès la première écoute j'ai compris que c'était cette musique que je cherchais. C'était la musique qui traduisait le mieux ma vision du monde.
Ça été le coup de foudre dès la première écoute. Le début de mon infinie passion pour le rock progressif.
T.I : Vous faites partie de la nouvelle génération de musiciens progressifs italiens. Quelle est la situation actuelle en Italie pour le rock progressif ?
E.M : On retrouve énormément de groupes progressifs en Italie mais ils demeurent «underground» parce que les médias de masse italiens sont menés par les grosses maisons de disques et qu'ils programment exclusivement de la musique pop commerciale. Même les salles de concerts, les pubs sont impliqués dans ce système et proposent des groupes d'interprétations ou des groupes hommage. Le rock progressif n'est pas commercial en Italie et ce même si cette musique est écoutée par un grand nombre de personnes. Dernièrement, il y a eu quelques réunions de groupes progressifs connus des années 70 et certains évènements culturels qui ont attiré l'attention. Ce qui nous a permis de décrocher quelques concerts. Et puis, grâce à la maison de disques Black Widow il y a occasionnellement des concerts qui sont organisés à Genoa et qui nous donnent l'opportunité de présenter notre musique en concert.
T.I : Avez-vous joué avec plusieurs groupes avant de former Il TEMPIO DELLE CLESSIDRE ?
E.M : J'ai commencé en jouant dans des pubs avec plusieurs groupes locaux d'interprétation de rock et de pop. Après cela je me suis joint à un groupe de hard rock qui interprétait des pièces de DEEP PURPLE, URIAH HEEP et BLACK SABBATH. En 1999, j'ai collaboré avec TRAMA pour le projet du second cd du groupe pour Mellow Records. J'ai aussi fait partie d'un groupe hommage à MARILLION. J'ai quitté TRAMA en 2001 pour joindre HIDEBEHIND.
J'ai essayé de mettre de l'avant mes compositions et de monter un projet plus personnel qui se rapprochait de l'idée de «dark prog». La première version de la pièce «Danza esoterica di Datura» a été enregistrée avec ce groupe ! J'ai aussi contribué au projet de NARROW PASS en 2006 et j'ai interprété le premier disque en concert. J'ai aussi été invitée aux sessions du second disque. HIDEBEHIND a rencontré Stefano «Lupo» GALIFI en 2006 et après quelques changements dans les rangs de la formation le groupe s'est transformé en Il TEMPIO DELLE CLESSIDRE.
T.I : Qui a choisi le nom du groupe ? Je présume que ce titre d'une des pièces de «Zarathustra» avait une signification bien particulière pour vous.
E.M : C'est notre précédent bassiste, Gabriele GUIDI COLOMBI, et moi qui avons eu l'idée de ce nom. Nous voulions un nom qui serait un peu comme une métaphore pour traduire le terme «revisiter» mais qui serait aussi associé d'une certaine façon aux racines de ce projet ainsi qu'au rock progressif italien. Nous pensions qu'étant relié à Museo RESENBACH par la présence de Stefano, Il TEMPIO DELLE CLESSIDRE serait le nom parfait pour illustrer cette connexion et livrer une fantastique vision de notre conception de la musique.
T.I : Comment avez-vous rencontré Stefano «Lupo» GALIFI ?
E.M : Gabriele et moi avons rencontré Stefano grâce à un ami qui nous a dit qu'il cherchait un groupe. Nous l'avons contacté et organisé une rencontre un soir dans son pub près de Genoa. J'étais très excitée à l'idée de rencontrer le chanteur d'un de mes disques préférés !!! Stefano nous a parlé de son amour pour le chant et de son désir de faire de nouveau partie d'un groupe rock. Il nous a suggéré de faire un essai avec «Zarathustra» et nous avons immédiatement accepté !
T.I : Dans un sens le groupe a donc été formé pour interpréter ce classique du progressif. Est-ce que c'était pour vous une occasion de rendre hommage au progressif italien des années 70 ?
E.M : Et bien c'était une façon toute naturelle de commencer notre collaboration avec Stefano. Nous adorions ce disque et il était le chanteur original. C'est quelque chose qui est donc venu spontanément. Auparavant HIDEBEHIND avait interprété des pièces de Le ORME, CAMEL, CARAVAN et de d'autres groupes. Le rock progressif italien est notre passion commune. Je me sens profondément connectée à ce style de musique. Donc essayer de recréer cette musique que j'adore a été un pur plaisir et un honneur.

T.I : Après ce concert hommage, j'imagine que le projet du premier disque est arrivé tout naturellement aussi.
E.M : Composer de la musique et la présenter au public m'intéresse depuis un bon moment. Finalement, en 2007 toutes les conditions ont été réunies pour que je réalise mon rêve. Et ce grâce à notre nouveau bassiste Fabio GREMO ainsi qu'à Giulio CANEPA, Paolo TIXI et Stefano «Lupo» GALIFI ! Après avoir interprété «Zarathustra» nous avons commencé à travailler sur de nouvelles compositions. Pour des raisons de temps et de logistique Fabio et moi avons travaillé séparément. Puis nous avons mis nos idées en commun. Tous ensemble nous avons étudié les arrangements. Fabio a travaillé sur le montage et l'enregistrement. Nous avons adapté les sections instrumentales à de nouvelles idées et finalement enregistré le tout. Ça été un travail très difficile parce que nous enregistrions dans nos moments libres et les fins de semaine et ce de la façon la plus économique. Heureusement quelques amis nous ont donné un coup de main pour l'enregistrement et mon frère a travaillé sur le graphisme et les photos de la pochette et nous sommes parvenus à réaliser notre premier disque.
T.I : J'espère que vous planifiez la réalisation d'un second disque !
E.M : Évidemment, nous n'arrêtons jamais de jouer et de composer. Après cette expérience nous voulons aborder le prochain disque avec plus d'attention et de précision. Nous voulons nous concentrer sur l'identité du projet et essayer de le développer de la bonne façon.
Pour le moment nous devons nous préparer pour les concerts car nous en avons organisé quelques-uns. Au début de l'année nous allons commencer à travailler sur de nouvelles idées.
T.I : Pour votre part Stefano, pouvez- vous nous résumer votre parcours depuis votre départ de MUSEO ROSENBACH?
Stefano «Lupo» GALIFI : Je n'ai jamais arrêté de chanter depuis la période «Zarathustra». J'ai mené ma vie normalement avec ma femme et j'ai eu un enfant. J'ai continué à travailler. Je suis propriétaire d'un pub à Genoa où l'on présente des concerts.
Durant les années qui ont suivi j'ai chanté à chaque soir ! Ma musique préférée est le blues et le hard rock et j'ai présenté dans mon pub un nombre impressionnant de concerts avec énormément de musiciens. C'était une bonne époque pour les concerts à Genoa !
T.I : À l'écoute du premier essai de Il TEMPIO DELLE CLESSIDRE, on découvre une voix mature et on a l'impression que vous êtes plus en contrôle qu'à l'époque de «Zarathustra». Ce qui n'est pas le cas de bien des chanteurs qui en vieillissant doivent s'ajuster à certaines «pertes» vocales. Qu'en pensez-vous ?
S.L.G : J'espère que toutes ces années à chanter ont contribué à ce que ma voix demeure similaire à celle que j'avais dans le passé et que l'expérience m'a donné la possibilité d'apprivoiser différentes façons de chanter et ce toujours avec mon instinct et mon attitude «bluesy». Je ne suis pas un chanteur expérimental.
J'essaie d'exprimer l'excitation, la puissance et mon infinie passion pour la musique elle-même. Il faut dire aussi qu'aujourd'hui lorsque tu enregistres un disque, tu te retrouves dans de bonnes conditions acoustiques. La technologie te permet d'avoir une parfaite perception de la voix dans tes oreilles. C'est donc plus simple d'écouter et de se concentrer sur ce que tu fais.
T.I : J'imagine que vous êtes fiers de votre contribution au classique «Zarathustra». Mais je présume aussi que d'interpréter de nouveau ce disque sur scène doit apporter une certaine satisfaction pour ne pas dire une satisfaction certaine !
S.L.G : Oui, dans les années 70 MUSEO ROSENBACH a présenté quelques concerts en interprétant «Zarathustra» et c'était une bonne expérience. Aujourd'hui d'une certaine façon c'est plus excitant parce que je ne m'attendais pas à ce que, trente ans plus tard, il soit possible de chanter de nouveau «Zarathustra» et d'avoir devant moi des spectateurs attentifs chantant par cœur toutes les paroles !
Des jeunes viennent me voir et me demandent de leur dédicacer la pochette du cd ou du disque vinyle de «Zarathustra». C'est vraiment très émouvant pour moi !

T.I : Une idée qui est venue très spontanément si j'ai bien compris ?
S.L.G : Elisa et le groupe cherchaient un chanteur et je cherchais un groupe... c'est donc arrivé tout naturellement ! Nous avons découvert que nous avions des points en commun, le principal étant «Zarathustra». Je suis le chanteur original et ils sont de grands amateurs de rock progressif. On peut même dire des fanatiques. J'ai donc proposé de commencer le projet de cette façon. Le travail a été difficile pour les musiciens et j'ai dû réapprendre les paroles mais lorsque nous l'avons finalement joué nous avons eu une énorme satisfaction et ce à tous les points de vue.
T.I : Avec le recul que retenez-vous de cette collaboration avec des musiciens d'une autre génération ?
S.L.P : Depuis que nous avons commencé à travailler ensemble j'ai réalisé que la façon de faire de la musique aujourd'hui est bien différente que celle des années 70. Maintenant un musicien peut être impliqué dans différents groupes et jouer différents styles de musique.
Lorsque j'étais jeune le groupe passait énormément de temps, jour et nuit, dans le local de répétition à créer de la musique à partir d'improvisations.
Maintenant, c'est différent. Il n'y a plus du tout de temps. Les musiciens se rencontrent deux heures par semaine et ils étudient les chansons à la maison avant de jouer ensemble. Il y a encore place pour l'improvisation mais la musique est conçue d'une manière plus calculée. Tout compte fait, je pense que c'est plus difficile d'être musicien aujourd'hui. Les musiciens de Il TEMPIO DELLE CLESSIDRE sont très talentueux et ils ont le courage de composer et de jouer du rock progressif avec une telle passion tout en faisant face à tous les problèmes de notre époque.
T.I : Pendant les séances d'enregistrement de votre premier essai avez-vous songé que ce disque serait accueilli de la sorte par les amateurs ?
S.L.G : Bien, nous avons commencé à faire de la musique d'une façon très spontanée. Elisa et Fabio ont apporté leurs compositions et ils m'ont guidé pour les mélodies vocales. Tout cela a grandi naturellement sans que l'on songe aux résultats. Nous faisions simplement ce que nous avions à faire. J'ai réalisé que je suis entouré d'excellents musiciens qui sont aussi des gens sensibles. Mais, je n'ai pas pensé que notre disque intéresserait autant et qu'il serait apprécié par les amateurs de progressif dans le monde entier ! Le progressif est bien vivant et même si nous ne sommes pas dans les fabuleuses années 70, je pense que ce style a encore beaucoup à dire.
T.I : Est-ce que vous êtes familiers avec les nouvelles formations progressives qui émergent d'Italie ?
S.L.G : Vous le savez, je ne suis pas un fanatique de progressif. J'aime le hard rock et le blues mais je pense qu'en Italie il y énormément de jeunes et talentueux musiciens qui jouent du rock progressif et qui essaient de s'exprimer dans leur propre style. Je réalise que la plupart de ces groupes se réfèrent au rock progressif des années 70 et ramènent le son et les atmosphères typiques de ce style musical. C'est un signe qui révèle à quel point cette musique du passé est importante pour la culture d'aujourd'hui. J'espère que le rock progressif va revenir sous le feu des projecteurs. Je pense qu'actuellement c'est une des formes musicales parmi les plus complètes et les plus intéressantes.
T.I : Quels sont vos projets pour les mois à venir ?
S.L.G : Nous avons finalement la possibilité de présenter notre disque sur scène. J'attendais avec impatience ce moment et j'ai vraiment hâte de chanter et de présenter plusieurs concerts. Chanter sur scène est ma facette préférée du métier. Après cela je pense bien que mes amis vont me proposer de nouvelles et difficiles compositions à étudier !
Partager
Par Michel Bilodeau (TERRA INCOGNITA)
|