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Syriak, guitariste chanteur du groupe UNEXPECT est comme sa musique: un peu déjanté mais c'est tout lui ça ! Et puis c'est ce qui fait tout son charme. Il en joue, aime ça et nous aussi finalement.
Après trois albums, UNEXPECT a enrichi de plus en plus sa musique. Il fallait bien en savoir un peu plus sur cette fusée québécoise en lui posant quelques questions juste après la sortie de leur dernier album "Fables of the Sleepless Empire".
Mettez vos casques, attachez vos ceintures, et enclenchez les rétrofusées.
Priam : Première question donc, comment ça va ?
Syriak : Hmmmmm…question épineuse et emplie de subtiles cadences… je ne sais trop comment répondre sans me mettre dans une potentielle situation d’ambiguïté médiatique dévastatrice. Bon… alors je me lance avec une réponse risquée…en espérant ne pas causer de torts irréparables aux générations futures qui hériteront inévitablement de ces quelques mots lourds de sens.
Ça va… bien ?
{ silence théâtral... }
P : Confiant pour la sortie de "Fables of the Sleepless Empire" ? Les ventes démarrent bien ?
S : Tout va très bien jusqu’à maintenant ! Quelques ajustements en cours de route au niveau logistique bien sûr, étant donné notre nouveau statut d’artistes indépendants, mais tout cela est très stimulant et encourageant ! Il nous tardait de présenter notre dernière création et c’est maintenant fait, avec des résultats extrêmement positifs je dois dire ! Les critiques et commentaires que nous recevons sont définitivement à la hauteur de ce que nous espérions !

P : Est ce que cela a été facile de tous vous trouver ? Une bande de joyeux lurons musiciens comme vous, ça ne court pas les rues ? Vous êtes tous originaires de Montréal ?
S : En effet, nous venons tous de la grande région de Montréal.
Ce n’est vraiment pas facile de trouver des âmes sœurs aussi chimiquement compatibles en matière d’effluves créatrices lorsque contraint par un bassin géographique à population basse en terme de musiciens comme nous les cherchions.
( Maintenant prenez un souffle…cette dernière phrase était quelque peu longue…)
Mais dans notre cas, pour une raison mystérieuse, les rencontres se sont faites de manière très naturelle et transitionnelle. Mis à part notre batteur Landryx, qui nous a prit presque trois ans à dénicher, les autres membres qui se sont ajoutés à la formation initiale ont tous intégré le groupe presque immédiatement après la sortie des anciens membres. Des rencontres de vie qui se sont révélées presque magiques dans notre cas, puisque nous ne pouvions demander mieux que de se retrouver avec des membres comme Chaoth, Leïlindel et Borboën, qui sont tous des artistes hors pair. À vrai dire, compte tenu de la formation actuelle, il serait extrêmement difficile de remplacer qui que ce soit au sein du groupe.
P : Trois albums, un EP en 12 ans, c'est une bonne moyenne pour vous ?
S : Je crois que nous aurions aimé sortir plus d’albums jusqu’à maintenant, mais plusieurs circonstances ont fait en sorte que nous n’avons pas pu. Des changements de membres importants, des facteurs de vies contraignants, l’alternance tournée/vie normale, contraintes monétaires, adaptation à l’industrie de la musique, etc.
De passer à l’indépendance est aussi un facteur qui gruge énormément de temps et demande une discipline organisationnelle des plus chargées.
Le fait est que nous préférons prendre le temps qu’il faut pour créer de la musique qui restera gravée dans le temps et qui sera le gage d’un standard de qualité que nous voulons conserver. Dans quelques années, plus personnes ne mettra d’importance sur le nombre d’années entre tel et tel album…ce qui comptera le plus à ce moment sera plutôt le contenu musical.
Le temps est éphémère…mais une création reste.
La mission principale d’UNEXPECT n’a jamais été pécuniaire, donc il est hors de question pour nous de sortir des albums rapidement dans le seul but de vendre un produit à tout prix et conserver l’attention du public.
Ce qui est primordial est que nous soyons satisfaits à 100% avant de procéder. Cela dit, rien n’empêche que dans le futur nous pourrions raccourcir les délais entre chaque sortie. Bien sûr ce serait idéal, mais nous ne pouvons rien promettre étant donné la nature complexe d’un groupe à six personnes ayant des vies très remplies outre la musique.
P : Parlez nous un peu de "Fables of the Sleepless Empire", qui est un concept ?
S : Il ne s’agit pas véritablement d’un album concept dans le sens du terme. Un peu comme dans tous nos albums, toutes les pièces sont en elles-mêmes un univers complet. Donc ceci, additionné aux facettes métaphoriques, ludiques et surréalistes de nos paroles (sans oublier notre constante utilisation de la personnification), fît en sorte que le thème de la fable contemporaine devenait presque un incontournable en ce qui me concerne. Une belle manière d’allier notre côté imaginaire à la réalité de cet empire qui ne dort jamais. L’album constitue donc un recueil de fables et petites histoires déjantées aux sous-entendus dissimulés mais presque toujours présents.
Je dis bien presque, parce que par moments, c’est de la folie pure ;)
Mon style d’écriture est assez opaque et dur à comprendre pour quelqu’un qui n’a pas saisi la clé de mon imaginaire, mais en bout de ligne, de déchiffrer mon intention originale n’est pas si important que ça. Si j’avais voulu être clair, j’aurais opté pour un autre style d’écriture. ;)
Je préfère laisser libre cours à l’imagination personnelle de chacun pour ce qui est de l’interprétation, quoique si demandé il me fait toujours plaisir d’expliquer le fond de ma pensée. Avis aux aventureux.
P : Pour vous cataloguer dans du métal, progressif, classique/symphonique, électro, jazz, tzigane, opératique, ambiant, expérimental/contemporain, musique de cirque, math-core, noise et ainsi de suite, il faut que vous soyez tous d'horizon musicalement différents. C'est le cas ?
Dans tous ces styles, il y en a un ou deux que vous aimez particulièrement ?
S : Tous les membres du groupe sont très ouverts à la majorité des genres musicaux, alors ça facilite la tâche de persuasion, qui pourrait être très ardue lors du processus de création si ce n’était pas le cas. C’est une bénédiction dans notre cas puisque notre besoin d’explorer des horizons nouveaux est assez fort. Je ne crois pas qu’il y ait une catégorie dominante en général. Peut-être certaines personnes ont-elles des préférences mais je ne pourrais dire lesquelles.

P : A cause de ces styles particuliers et différents, il n'est pas trop compliqué pour vous de faire des concerts ?
Il y a une scène pour vous à Québec ?
S : Certainement ! Les gens sont de plus en plus ouverts aux fusions musicales et nous avons un grand bassin de fans à l’appui un peu partout dans le monde.
Bien sûr, étant donné que nous sommes au point de rencontre de plusieurs genres, nous sommes souvent jumelés à des groupes très différents les uns des autres, et je trouve ces mélanges rafraîchissants.
Pour ce qui est du Québec, il s’agit de nos origines alors peu importe que nous ayons parcouru l’Europe et l’Amérique du Nord plusieurs fois, il fait toujours bon de jouer chez nous car la scène Québécoise est complètement démente (dans le bon sens du terme bien sûr) !
P : J'imagine le choc lorsque vous avez été au PROGRESSIVE NATION ! Racontez nous un peu tout ça même si cela remonte à 2009.
S : En 2007 ou 2008 nous avons reçu un email de la part de Mike PORTNOY nous félicitant de notre nouvel album ( «In a Flesh Aquarium» ) et nous disant qu'il nous avait encensé sur son forum personnel. Bien sûr nous avons trouvé cela très flatteur venant de la part d’une des légendes vivantes de l’univers musical actuel. Par la suite, nous avons échangé quelques emails jusqu’à un moment où il nous a dit qu’il tenterait de nous avoir éventuellement sur une de ses tournées Progressive Nation. Ce qui est finalement arrivé !
Lorsqu’il nous a offert cette grandiose opportunité en Europe, nous n’avons pas hésité et on a sauté dans le train au passage… et en bonus, OPETH était aussi de la partie, ce qui fît mon bonheur car j’adore ce groupe.
L’expérience était incroyable ! De jouer chaque soir dans les plus grandes salles d’Europe devant des publics de plus de 10 000 personnes fût mémorable. Tout le monde impliqué dans la tournée, que ce soit les groupes, l’équipe technique et de production… tout le monde sans exception était sympa et coopératif.
Le public était très ouvert à de la nouveauté et ça se sentait puisque leur accueil était vraiment chaleureux et encourageant ! Bref, on s’en rappellera longtemps et on espère avoir laissé notre marque en Europe.
P : Pas de prénom ni de nom crédités. Pourquoi ces pseudos et que signifient t'ils ?
S : Adeptes de la personnification (def : figure de style qui consiste à attribuer des propriétés humaines à un animal ou à une chose inanimée (objet concret ou abstraction) dans nos paroles, c’était presque inévitable que l’on décide de faire vivre un alter ego spécialement aux fins du groupe. Je crois qu’un musicien doit être au service de la pièce qu’il a créée et non pas son maître. Je préfère être un acteur au sein de l’univers que nous avons créé qu’un rappel constant qu’il y a un être humain véritable derrière tout ça. Ça déteindrait un peu avec l’aspect imaginaire que nous tentons de donner à notre musique. De plus, cela aide les pièces à vivre d’elles-mêmes et permet de couper le pont incidemment entretenu avec l’univers du réel
Les pseudos eux même n’ont aucune signification sous-entendue sinon qu’une série de lettres choisies par des jeunes musiciens de 18 ans. Et de toute façon, qu’est-ce qu’un nom et son importance ? C’est un outil de reconnaissance tout simplement. Un nom m’a été donné à la naissance, mais rien n’empêche que je puisse avoir une appellation différente pour d’autres projets de vie n’est-ce pas ?
Pourtant, en tout temps, nous nous appelons tous par nos noms de naissance et lorsque nous parlons aux gens après un spectacle c’est la même chose. Tout ça pour dire que notre appellation n’a pas tant d’importance à nos yeux.
Bref, ironiquement, les pseudos existent un peu pour mettre moins d’importance sur le musicien (l’entité réelle) en créant une entité fictive qui lui sert d’avatar musical dans le cadre d’un univers musical se voulant autosuffisant. Je ne suis pas sûr si je me fais bien comprendre mais ça va….je suis habitué ;)
P : Il me semble que Leilindel est prof de danse ! J'imagine que vous ne vivez pas que de la musique ? Est ce votre objectif ou c'est suffisant comme ça pour vous éclatez ?
S : Effectivement, nous ne vivons pas de la musique. C’est elle qui nous mène en ce style de vie très peu orthodoxe mais elle est loin de nous rapporter le pain quotidien.
C’est justement une des multiples raisons qui fait en sorte qu’il est difficile pour nous d’être plus productif. Il est très difficile de concilier une vie de groupe et de tournée avec un autre travail rémunérateur qui prend beaucoup de temps.
Nous continuons de maintenir UNEXPECT au centre de nos vies parce qu’on s’éclate trop à créer au sein de ce microcosme, et c’est notre manière d’exprimer certaines choses qu’on ne pourrait pas autrement à l’aide de médiums autres tel le delta-plane ou le yoga. Je n’ai rien contre le Yoga… au contraire il s’agit d’une activité saine qui bénéficierait à tous et à chacun mais je me verrais mal en train d’essayer de transposer un accord dissonant en position du lotus… peut-être pour un accord de tierce mais encore…malgré que le positionnement de nos mains lorsque l’on joue certaines pièces complexes pourrait pratiquement être considéré comme une nouvelle forme de yoga articulaire… bon… je m’écarte, je m’écarte…
L’idée de tenter de vivre de notre musique fût autrefois en nos têtes, mais elle s’est dissipée avec les années à force de constater les manières de faire de l’industrie et le peu d’argent qui revient aux artistes.
Cela dit, ça fonctionne très bien pour certains groupes, mais le chemin est définitivement plus tortueux pour un groupe qui ne fait pas dans les compromis comme nous.
Si ça nous arrive un jour, tant mieux ! Mais on n’attend pas après cela pour avoir du plaisir et créer comme il nous plaît.

P : Que va devenir Exod maintenant ? Vous allez lui trouver un remplaçant ?
S : L’Exode d’Exod était annoncé de sa part depuis assez longtemps (en 2008), alors ça n’est pas arrivé comme une surprise. Il a prit le temps d’enregistrer toutes les séquences dont nous avions besoin pour nos spectacles et tout s’est fait dans l’harmonie. Il avait envie d’essayer autre chose et de se consacrer à son projet solo qui se nommera « I Fury ». Ce projet est plutôt dans le style électro et est très différent de ce qu’il pouvait faire avec UNEXPECT, mais d’après les pièces que j’ai pu entendre, il y a définitivement sa signature créatrice et très originale qui faisait sa marque dans le groupe !
D’ailleurs, nous lui souhaitons le plus grand succès !
Ayant été une des forces créatrices au sein du groupe pendant des années, ce sera différent de travailler sans lui, mais avec le lot d’adaptations que le groupe a eu à subir au travers des années, je suis persuadé que tout se passera bien et que ça nous motivera à essayer de nouvelles avenues !
Nous ne sommes pas encore certains si nous allons le remplacer ou pas, puisque certains membres du groupe, dont Leilindel et moi-même, sont habilités à occuper cette fonction pour le studio. Ça reste à voir, et rien n’empêche la possibilité de re-collaborer avec lui éventuellement…seul le futur nous le dira ! Tout ce que je sais c’est que nous continuerons d’utiliser le piano/clavier dans nos compositions puisque c’est très important pour nous. Et pour ce qui est du Live, cela fait déjà presque deux ans que l’adaptation est faite, donc tout se passe très bien à ce niveau !
P : Il semble que vous portez une attention particulière au visuel sur scène. Cela vous direz de tourner un clip ? Pensez-vous que cela soit une bonne idée pour pouvoir exporter d'avantage votre musique ?
S : À vrai dire, une vidéo pour la pièce « Unsolved Ideas of a Distorted Guest » a déjà été tournée il y a un certain temps, mais il est encore en cours de post-production. Nous devrions avoir plus de nouvelles à ce sujet dans un avenir très proche. C’est vrai que vu la nature très imagée de notre musique, le visuel ne peut pas être laissé pour compte. Nous avons laissé carte blanche au réalisateur afin qu’il puisse avancer sans trop de contraintes de la part du groupe. Bien sûr, nous nous sommes entourés de personnes qui nous connaissaient bien alors on pouvait leur faire confiance. Il s’agira donc de la vision de cette équipe particulière et ce que notre musique leur inspirait visuellement ! Il nous tarde de le présenter et d’en tourner un autre le plus vite possible.
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Par Priam
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