Francis DECAMPS (GENS DE LA LUNE) - 19/08/2011 par Suze Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Suze   
25-08-2011

 

Saviez-vous qu’il y a des habitants sur notre satellite qu’est la lune ? Si, si, ce sont les Luniens ! Ils sont venus de leur lointaine et pourtant si proche lune pour rencontrer les habitants de notre planète, les Terriens. C’est ainsi que je me suis retrouvée en face de Didou, qui avait organisé le Didou Day. Francis DECAMPS est le Lunien des GENS DE LA LUNE et votre servante, la Terrienne de service.

Suze : Tu as composé pour ANGE pendant 25 ans. Cela fait maintenant 15 ans que tu es parti, ça passe. Tu te sens toujours ANGE ou tu ne le sens plus ?
Francis DECAMPS :
Ah non ! C’est un peu comme si tu posais la question à un couple qui divorce ! T’es divorcé depuis 15 ans mais est-ce que tu aimes encore ta première femme ? C’est aberrant.
S : Mais cela peut arriver !
FD :
Oui, ça peut arriver mais ce n’est quand même pas courant. Pour moi, la séparation était plus que nécessaire. C’est une histoire d’honnêteté vis-à-vis de moi-même et vis-à-vis du public. Le public représente pour moi une source. Pour moi, l’important n’est pas d’affirmer ce que je suis mais plutôt de donner ce que je suis. Donner, c’est être honnête vis-à-vis des autres et ils seront honnêtes vis-à-vis de toi. En 1995, si je prenais la voie de continuer avec ANGE, je me suis dit que j’allais être malhonnête. Tu vas être malhonnête vis-à-vis de ton public, tu vas être malhonnête vis-à-vis de toi-même. J’ai donc décidé de divorcer, c’est quelque chose qui était mûrement réfléchi.
S : Pour toi, ce n’était donc pas une émancipation ?
FD :
Non, c’était vraiment un divorce. On m’a souvent posé la question ensuite de savoir ce que je pensais d’ANGE. J’ai toujours répondu que je n’en savais strictement rien car si tu cherches à savoir comment l’autre va, c’est que tu n’as pas vraiment divorcé. Je ne peux pas juger de ce que je ne connais pas du tout et par quoi je ne suis pas du tout intéressé. La seule chose que j’aie dite à mon frère est que, pour moi, l’unique personne qui pouvait me remplacer, était son fils. Après cela, je ne me suis plus senti concerné du tout. Ensuite, j’ai eu les GDLL, et on ne me parlait que d’ANGE.
S : Ce n’était pas un peu chiant pour le dire platement ?
FD :
Non, on ne peut pas dire que c’était chiant car les gens se servent des références qu’ils ont et ils ne connaissaient pas les GDLL. J’ai quand même été avec ANGE pendant 25 ans, ça fait un quart de siècle pendant lequel je n’ai jamais quitté. J’ai arrêté et tout le monde a arrêté, les gens étaient fatigués. Et tout s’est arrêté pendant six mois. Si tu veux, moi je savais dans ma tête que ça se passerait comme ça. Un moment donné, les gens ne pensent plus à ANGE, et, naturellement, pas pour me faire plaisir, ils viennent me parler de GDLL tellement ils en aiment la musique. Ils aiment les gens avec qui je joue, ils aiment notre musique et ils aiment ce que je suis devenu.

S : Tu as rencontré Jean-Philippe SUZAN, peux-tu me dire ce qu’il représente musicalement pour toi ?
FD :
C’est toute une histoire. Quand j’ai arrêté ANGE, j’en ai un peu profité. Tu sais quand tu fais seulement une chose pendant 25 ans et par laquelle tu es passionné, tu ne vois pas tellement ce qui se passe autour de toi. Artistiquement, tu ne vois pas les gens. A ce moment, j’ai commencé à m’intéresser à ce qui se passait et, je me suis rendu compte que je pouvais encore m’intéresser à autre chose et fonctionner comme un autre musicien, pas uniquement par mon expérience. On nous a proposé à cette époque de faire un concours de patinoire. Nous, on pensait à un concours de chant mais on a fait le concours dans cette patinoire. Il y avait là une quarantaine de chanteurs et d’autres compositeurs. Le gagnant avait l’enregistrement d’un CD, pas avec moi mais il pouvait enregistrer. Comme j’étais le président du jury, je demandais ce que l’artiste avait envie de faire et d’enregistrer. Ce qui s’est passé tout simplement, c’est qu’il voulait chanter. Et bon, ça a démarré comme ça. On a joué dans des endroits pas faciles. On jouait dans des endroits glauques. Un moment donné, je me suis dit que c’était le moment de lâcher et je me suis rendu compte que je ne pouvais le laisser seul. Ce n’était pas son truc de diriger, de veiller à tout. Je me suis rendu compte que les musiciens qui étaient derrière allaient le bouffer tout cru. Pour moi, il est devenu un cas de conscience car je l’ai amené là où il était et je ne pouvais pas l’abandonner d’un seul coup. Je me suis dit qu’il allait y laisser des plumes. Je me suis dit qu’il devait réellement être chanteur et qu’il devait continuer dans cette voie. Il devait être chanteur, mais dans un groupe. Pour moi, il ne trouverait pas son équilibre en tant que chanteur solo. Alors, je lui ai dit que s’il voulait faire un groupe, ce serait avec moi. Lui, bien sûr qu’il était partant de suite. C’est là que j’ai été cherché Gérard, un batteur qui avait une assise. Une rythmique dans un groupe est quelque chose de très important. Et voilà, on a démarré comme ça. C’est une chose marrante car on pourrait se comparer à un bateau. Un bateau dans sa vie connait le calme, il connaît la tempête. Il y a les moments où tu as juste la brise pour pousser le bateau et voilà, la boucle est faite. Cela fait dix ans qu’on est ensemble et qu’on ne quitte pas la barre et moi, je suis très content. Contrairement à ce que des gens ont pu penser, à savoir que le calife aimerait bien reprendre la place, pas du tout, ça ne m’a même jamais effleuré. J’aime ma place, j’aime où je suis. J’ai toujours aimé cette place-là.
S : Es-tu quelqu’un qui aime bien de découvrir et de partager ?
FD :
Partager. Je le fais pas pour moi, je le fais avant tout pour le public dans la hiérarchie, ça passe avant les musiciens.
S : Cela revient à la même chose pour Damien CHOPARD qui était tout à fait différent de ce qu’il est maintenant.
FD :
Oui, il est jeune et les jeunes, ils doivent vivre. C’est dur pour moi de ne pas être tout à fait étouffant pour eux. Je me rends compte que, parfois, ils doivent avoir envie que je les laisse dans leur merde. J’en suis tout à fait conscient. C’est vraiment ce passage qui a amené une attitude zen dans le groupe et qui nous a libérés le batteur de remplacement. Un moment donné on avait des problèmes avec notre batteur qui avait des problèmes de cœur. Moi, je veux y passer 24h/24h, tous les jours mais je ne peux pas demander la même chose à tout le monde. Moi, j’aime la liberté et la liberté, c’est le nombre d’heures que tu peux donner. Je veille à toujours trouver le temps de répondre à mes envies dans la musique. Voilà !


S : Et comment tu y es arrivé à tout ça, à cette musique. Tu proviens d’une famille de musiciens ?
FD :
Oui ! Mon père était accordéoniste. Il venait de la région parisienne et jouait à Paris. Il jouait au casino d’Enghien, un club qui s’appelait le « Balajot ». C’était un club très très connu. Puis, il y a eu la guerre 40-45. Oui, d’ailleurs j’en ai écrit. Mon père est mort d’un cancer à 62 ans et ma mère est encore là. Elle a 93 ans. J’ai fait un roman sur sa vie avec elle. Pour mieux connaître mon père, déjà. Mieux connaître les choses que je n’ai pas eu le temps de connaître de lui parce que j’étais jeune et que j’avais d’autres préoccupations. Mon père s’est donc retrouvé pendant la guerre dans un camp en France libre et là il a passé du tout PETAIN. Il en a eu marre et il s’est barré. Il est devenu légionnaire en centre Afrique, hors la loi par rapport à cette époque-là. Puis, il y a eu DE GAULLE. Ils se sont réorganisés, ils sont remontés, il a fait le débarquement en Italie. Il a fait le débarquement en France à Toulon. Ils sont remontés par Lyon et sont enfin arrivés dans un petit patelin en Franche-Comté. Ils ont été logés par une grande famille dont la dernière fille fut ma mère. Ils sortaient de camp de concentration. Mon père dormait chez eux et est tombé vraiment amoureux. Tomber amoureux à cette époque, c’était des vouvoiements, il lui a dit « la femme qui recevra de moi une lettre tous les deux jours, sera considérée comme l’être aimé ». Et voilà, elle a reçu une lettre tous les deux jours. Il a été jusqu’en Allemagne et quand il est revenu de là, au lieu de retourner chez ses parents, il est retourné chez ma mère, il avait vraiment eu le coup de foudre. C’était pas une passade, ce n’était pas un truc de soldat. C’était vraiment l’amour de sa vie. C’était vraiment avec elle qu’il voulait le passer. Il ne voulait pas trop aller sur Paris parce qu’il pensait qu’il n’y vivrait pas bien, à cause de tout ce monde, de toutes ces voitures. C’était quelqu’un d’assez proche de la nature. Donc, tout ça pour te dire que je viens bien d’une famille de musiciens. Et pour dire que j’aurais pu tout aussi bien faire autre chose.
S : Ca je n’en doute pas mais ça aide quand même !
FD :
Oui, bien sûr !

S : Tu aurais voulu faire autre chose que de la musique ?
FD :
Non, Mon père tenait absolument à ce que j’en fasse. Il faut savoir que je suis né avec une peau exémateuse. Il n’aimait pas de voir que je souffrais beaucoup. J’étais enflé et rempli de furoncles. Mon père en était fort touché. J’étais le premier enfant. Il a donc absolument voulu que ce soit moi qui devienne accordéoniste. Il se projetait d’une certaine manière sur moi. J’étais blond et j’avais les yeux bleus comme lui. Mon frère tient plus de ma mère qui a les yeux et les cheveux foncés. Donc, moi, il m’a mis à l’accordéon. Mais comme moi, je faisais déjà des fioritures trois mois après avoir commencé, je bidouillais les choses à l’oreille, finalement le prof s’est pris l’accordéon dans la gueule et je me suis cassé du cours. Je devais avoir 10-11 ans. C’est à ce moment-là et donc grâce à lui que j’ai eu ce déclic. Je me suis dit que je m’en foutais de la musique des autres. J’allais faire ma musique. Je m’intéressais qu’à avoir un instrument dans les mains.
S : Mais tu traficotes aussi tes instruments, non ?
FD :
Après ! C’est-à-dire que j’ai toujours entendu un son. Je l’entends constamment et je n’ai pas encore les moyens de le payer. Je l’entends depuis bien plus longtemps que mon existence musicale propre. Il a toujours été dans ma tête. Mais je tiens à dire qu’il s’agit d’un autre son que celui d’ANGE.
S : Mais moi, je ne pense pas aux GDLL en pensant aux gens d’ANGE ! Jamais !
FD :
Le seul rapport qu’il puisse y avoir, c’est mon coup de patte de compositeur parce que j’ai quand même composé pour ANGE pendant 25 ans. Quand je compose pour GDLL, je reste le même compositeur. Avec mon coup de patte, ma façon de ressentir les choses, de les amener au public.

S : Quand on dit Christian DECAMPS, les initiales sont CD, un album CD ! Et FD, ce pourrait être les initiales de quoi ?
Francis se met à rire en sourdine !
FD :
Je ne sais pas. C’est la colle, là.

S : Quel est le son que tu préfères dans tes claviers ? Tu aimes le Mellotron, non ?
FD :
J’aime le Mellotron mais le son du vrai Mellotron. C’est une histoire de moyens. Maintenant, il y a des Mellotrons qui sont ressortis. J’ai un ami dans le Jura qui en a un. Je vais aller l’essayer et si je suis convaincu, je vais en prendre un. J’en ai eu deux mais j’ai eu aussi un Hammond, c’est trop l’horreur. Il y a encore peu de temps, j’ai joué sur un vrai et ce n’est pas comparable. Si tu me demandes quel est l’instrument que je préfère, c’est la guitare parce que c’est un bout de bois. Et que c’est mon bout de bois.

S : A propos de bois, tu es entouré de bois rose, ça signe, c’est joli mais ça veut dire quoi ?
FD :
Oh ça, c’est rien ! C’est tout simple. J’ai besoin d’un certain écartement entre mes synthés et je n’aime pas d’avoir des trucs sur le côté. Quand je joue du synthé, j’aime bien que les gens me voient en entier, d’où ma position sur scène. L’écart entre mes synthés est très important pour moi. J’ai essayé un tas de trucs pour trouver le bon équilibre. J’ai donc demandé à mon pote le Père FOURAS, qui est un artiste, de faire un truc pour entourer mes synthés. Un truc qui pouvait avoir la tronche des orgues d’antan. Il m’a fait un truc qui était une vraie catastrophe. Il a pensé pratique et pas vraiment artistique. C’était une vraie horreur à monter. Je l’affectionne beaucoup parce que j’aime bien les trucs de pétés. Il voulait le peindre, le faire beau et me disait que ce serait extra génial. Je lui ai dit non, de le laisser comme ça, qu’il allait de toute façon prendre des pains dans le camion avec les secousses. Il faut lui laisser prendre de la vie. Et puis, ces trucs en plastic sont affreux. Ils te donnent un beau son si tu sais y faire mais ils ne sont pas beaux. En plus, ce n’est pas mon son, j’utilise des sons d’usine que tout le monde peut sortir. Il fallait donc me bidouiller un truc qui soit efficace même s’il n’était pas chouette. Il faut te dire qu’avec les synthés, tu n’as que les échantillons mais il faut pouvoir travailler la couleur des échantillons qui sont à l’intérieur. C’est toi qui lui donne la vie, à ton synthé. Maintenant, il commence à se rapprocher de mon son. Et c’est mon coup de patte que les gens reconnaissent.

S : Que pense-tu d’autres groupes français comme LAZULI, par exemple ?
FD :
LAZULI, j’aime beaucoup. Ils sont originaux et il y a de la qualité. Si j’ai un seul bémol à émettre, ce serait simplement lié à un choix de leur part qui fait une forme d’isolement par rapport au public. Moi, quand je joue, j’aime être proche du public. Dans la modernité, il y a des choses très intéressantes, voilà ! On peut mélanger et on en arrive à vouloir travailler avec des séquences mais je n’y arriverai jamais en live car j’aime cette forme de liberté qu’on a tendance à perdre. Sinon, je suis un grand fan de LAZULI.

S : Vous avez connus pas mal de revers avec le nouvel album, notamment avec ce satané climat ! Y a pas eu un jour où tu t’es dit que tu en avais ras le bol et que tu allais tout laisser tomber ?
FD :
Non !
S : Jamais ?
FD :
Non, je suis « taureau », moi ! Et un « taureau », il ne lâche jamais ! Jamais ! Quand je ne dis jamais, c’est jamais ! Et même si quelqu’un dans le groupe m’aurait dit qu’il arrêtait, je lui aurais dit qu’il pouvait partir mais que moi, je continuerais et je ferais l’album. Tant que je tiendrai le coup, je ne lâcherai pas. Maintenant, si je suis malade au point de ne pas pouvoir le faire, je serai bien forcé de déclarer forfait mais je n’abandonne pas facilement. Je vais toujours au bout de ce que je fais.


S : Es-tu satisfait de ce que tu fais ?
FD :
Là, je ne dirais qu’une seule chose. J’ai livré le maximum compte tenu de ce que j’avais. J’aurais peut-être pu aller au-delà, ça aurait encore pris plus de temps, plus de temps pour les fans. J’ai senti un moment donné qu’il fallait que je dise halte parce que je me suis rendu compte que je serais arrêté à un moment ou à un autre. Je suis un espèce de perfectionniste quand je suis dans un studio et je ne suis jamais satisfait de moi-même. Sincèrement, sur un point de vue personnel, je sais les qualités de cet album et il en a. Je sais les défauts de cet album et il en a aussi. Je te dirais si tu veux que ce soient de bons augures car ce serait de bons augures pour la suite. Cela veut dire que la suite ne peut-être que mieux. J’ai déjà passé ce stade-là, je suis déjà sur le prochain.
S : Donc, finalement, la lune, elle te permet toujours d’arriver à tes fins.
FD :
Oui, tout à fait ! Je veux toujours voir en avant. Donc, ce qui est fait est fait ! Il y a comme une espèce de chape au-dessus de ma tête qui me met la pression. J’ai un jour travaillé avec un gars, je faisais de l’alimentaire qui déconnait sur les pensées. Ce mec était Anglais de naissance et me dit qu’il veut faire un album. Il voulait travailler avec un ANGE. Je n’ai jamais connu ça, j’ai démonté entièrement un studio pour des problèmes techniques. Ce mec avait fait venir une fille dont il était amoureux, il avait appelé une radio, un truc de fou. Un moment donné, il me dit qu’il a été voir une voyante avant de faire cet album et elle lui a dit de ne pas le faire. C’était une catastrophe pour moi. Il me dit qu’il n’y pense pas, il a paumé son studio et je ne sais pas ce qu’il est devenu mais j’ai fait un album. Cet album, je lui ai envoyé chez lui en Angleterre car il n’était même pas resté là. Je l’ai fait, je n’ai pas lâché. Je ne peux pas. Quand j’ai décidé de faire quelque chose, même si ça prend beaucoup de temps, il y a rien qui m’arrête sauf sans doute Michelle, c’est son rôle. Le premier album, j’ai passé un an dessus. J’ai passé un an sur mes enceintes, sur des trucs que je ne connaissais pas. Je me suis dit que je m’en foutais parce que je sortais un album pour un groupe que personne ne connaît, donc j’avais le temps.
S : Oui, mais après !
FD :
Oui, après, il faut suivre. Je pense que celui-là est beaucoup plus rock. Il a bien entendu des défauts, comme tout et tout le monde. Il nous représente beaucoup plus.
S : On va voir ce soir :
FD :
Il représente aussi en même temps… nous ! Moi, je pense faire de la progressive en bleu de travail. Je n’ai jamais été un grand technicien, je n’ai rien appris. Je suis autodidacte. Je sais faire des parties mais je ne suis rien de scolaire. Dans les gens du rock, moi j’aime bien les STATUS QUO, parce que ce sont des gens simples qui ont un rock simple. Ils ont une image mais, avec des choses simples, ils te rentrent dans le lard. Je peux dire que j'ai une approche de vie beaucoup plus rock et loin de GENESIS et YES. On a fait venir dans la région un groupe Hongrois, SPECIAL PROVIDENCE et un groupe Canadien, KARCIUS. Je les ai adorés. Ils sont vraiment super et ils ont une grande maîtrise de leur instrument mais ce n’est pas vraiment la musique que je défendrais. Ma musique va plus vers un public qui n’est pas de musiciens mais des gens qui sont mélomanes et ces gens-là, pour moi, n’ont pas besoin de recevoir une démonstration technique de ce que je suis capable de faire. Pour moi, c’est important de venir avec le film de ce que tu es, ta manière de vivre, ta manière de penser. Tu apportes aussi un peu de ton âme. Le côté symphonique et Wagnérien engendre un côté prétentieux. Je ne veux pas venir avec un truc prétentieux. C’est la raison pour laquelle j’amène de la folie dans mes personnages. Cet album-là n’est qu’un dixième d’un tout. Je ne sais pas si tu es au courant de cela mais cette chanson fait partie d’un tout, d’un jeu vidéo. Parce que je viens d’arrêter de fumer. Voilà ! (Enorme éclat de rire). On est dans une période où tout le monde m’avait dit comment il fallait faire un album. Quand on a quelque chose à dire, on sait comment faire. C’est de là qu’est venue l’histoire de ces gens qui vivaient sur la lune et qui ont décidé de venir voir ce qui se passait sur la terre. Maintenant, on a décidé de faire venir les gens de la terre sur la lune. Et ce jeu va bientôt sortir car je travaille d’arrache-pied dessus. C’est un jeu où les gens vont pouvoir gagner un CD unique. Ce CD sera fait de …trucs … je ne peux pas en dire plus ! Chaque région lunaire sera traversée par le jeu : mers des crises et de la tranquillité… Ce sont toutes des régions où il y a eu un passage de l’homme. L’homme a mis du matériel. Et tu as toute une série de personnages, tu as un médecin, tu as des routards, tu as un poisson. C’est un univers très Tim BURTON, complètement fou. Le docteur, c’est juste pour remettre les choses en place. C’est un truc de fou parce qu’il y a déjà 90 pages d’écrites. Je suis en train de créer tous les personnages et, chaque titre du nouvel album donne déjà une part de solution au jeu. Une Bédé sortira par région, mer de sérénité, mer de tranquillité, … A chaque région sera attribué un roman. Les gens m’ont dit que je me suis pas mal débrouillé sur le premier, je me dis que je peux peut-être continuer. Bein oui, je suis comme ça, je ne pète pas plus haut que mon cul ! Je sais où mes études m’ont mené et voilà ! Je ne vais pas me prendre pour ce que je ne suis pas et j’essaie un tas de truc. Si les gens apprécient, ça m’apprend des choses pour le prochain.

S : Quand on dit de quelqu’un qu’il est dans la lune, cela veut le plus souvent dire que son esprit est ailleurs. Mais vous les Luniens, êtes-vous vraiment sur la lune ?
FD :
Moi, en tout cas oui, je suis sur la lune. La lune est très importante dans notre vie. La lune permet de rester un enfant qui ne veut pas grandir trop vite et qui veut s’amuser toute sa vie. La lune permet à cet enfant de jouer en grandissant et de continuer à s’amuser comme quand il était gosse.

S : Est-ce que tu penses à ta succession ? Ca ne t’arrive jamais d’y penser ?
FD :
Non !
S : Je ne pense pas nécessairement à quelqu’un de ton sang.
FD :
Ah bon !
S : Je connais Robert John GODFREY qui a plus ou moins 65 ans et qui cherche quelqu’un pour que son groupe THE ENID reste en vie.
FD :
Non, je ne pense pas du tout à ça ! Je sais bien que je ne suis pas éternel et que GDLL ne sera pas éternel. Pour moi, tout a un début et tout a une fin. On cherche seulement à se dire qu’il va falloir que ça dure le plus longtemps possible. Tout ce que je souhaite, c’est avoir fait du bien à des gens. Cela fait 25 ans que j’ai arrêté de boire de l’alcool. J’ai sorti 4 personnes de ça. Pour moi, c’est quelque chose de bien de pouvoir aider les gens à sortir d’où je me suis sorti. Il faudrait déjà que je tombe sur un fêlé qui soit comme moi, autodidacte, qui s’en foute de la musique des autres. Moi, j’apprends encore à jouer sur mes instruments.
S : Ah oui ! Sur scène, je peux t’assurer que ça ne se voit pas !
FD :
Je vais te dire un truc sincère. Avant-hier, j’ai été voir un truc sur scène, c’était l’horreur. C’est un groupe que j’avais vu et le line-up n’était plus le même. Quand je les ai vus, j’ai dit toute suite, Putain jamais ça !!! (Et, il s’en va d’un énorme éclat de rire) ! Il faudrait inventer une espèce de GPS du musicien qui ne cesserait de nous guider.
S : Ah ! Ca ne fonctionne pas toujours aussi bien qu’on le pense, ces machins-là !
FD :
J’adore conduire et j’adore me charger de mon matériel. Tant que je pourrai faire ça, je continuerai. Quand je ne pourrai plus, je m’arrêterai. Pour faire continuer les choses, j’ai une idée : je vais reprendre un titre d’ANGE par mois. Je vais sortir tous les mois un titre en 2011. Je vais commencer en septembre. Le premier sera « Stanislas » le second sera … les suivants seront ce que les gens vont demander. Tous les ans, je sortirai un CD avec les douze titres. Cela va me permettre de faire vivre l’endroit où j’enregistre. Mais ce ne sera pas GDLL, ce sera du Francis DECAMPS, un truc expérimental où je vais m’éclater. C’est cool, c’est une bonne idée. Pour mes 60 ans, je vais faire le premier festival féérique dans le village d’Emile JACOTAY. Le village aura quatre entrées. Il faudra entrer par le bois. On va recréer les légendes et les gens vont aussi tomber sur des conteurs qui vont amener les gens à la scène. Le premier jour, il y aura bien sûr les GDLL. Le second jour, il y aura l’intégralité de l’album d’Emile JACOTAY. Il y aura des gens avec qui j’ai joué. Même, si je n’aime plus trop jouer avec. C’est la suite de ce que je veux faire. Ce que je veux, c’est vraiment un festival de rêve, où les gens vont rêver. Ils seraient actifs toute la journée et deviendraient passifs pour la soirée. Ce sera en juillet ou en août…2012 et je suis en train de recruter des conteurs dans tout le pays.


S : Y-a-t-il une question qu’on ne t’a jamais posée et que tu aimerais bien qu’on te pose ?
FD :
Est-ce que je suis pour la légalisation du cannabis en France ? Moi, je dirais oui ! Le cannabis est moins nocif que le tabac et moins nocif que l’alcool. Ce sont en plus des addictions dont on sort plus facilement. Les deux seules addictions dont j’ai été atteint dans ma vie sont plus dures à s’en débarrasser. C’est-à-dire : alcool et tabac. J’ai essayé toutes les conneries possibles et imaginables mais j’ai eu la trouille de recommencer plusieurs fois. Moi, je ne mélangeais pas tout. C’était soit l’alcool ou le tabac. Tu vois des choses horribles à la TV à cause de ces addictions. Les politiques ne nous aident pas toujours beaucoup.

S : Quelques mots pour nos lecteurs de PROGRESSIVE AREA ?
FD :
Oui ! Qu’ils se multiplient comme le bon pain. C’est déjà fabuleux qu’il y ait des gens qui aiment cette musique et qui parlent de cette musique, comme toi ! Ca fait partie du moteur qui me permet de continuer. Tu te dis que tu n’es pas en droit d’arrêter et que tu n’es pas en droit de casser le rêve, il faut continuer. Tu peux avoir crevé dans ta vie et, quand tu fais le pour et le contre dans les derniers moments de ta vie, tu te dis que tu as plutôt essayé d’amener du bien que mal. Mon plus grand plaisir, c’est de voir les gens avec des yeux pleins des étoiles. Ou venir me parler de l’album en me disant qu’il lui avait fait du bien. Voilà.


S : Merci Francis
FD :
Merci à toi, Suze

 

 

 

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Par Suze
Photos par Merlin + ©



Voilà, la lune est venue à la rencontre de la terre. Francis et Suze se sont rencontrés et avaient plein de choses à partager. Merci, Fred, pour ce moment de partage qui a eu lieu grâce à toi.

Commentaires
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Patrick   | 85.201.100.xxx | 2011-09-13 17:47:53
Merci Suze, cool interview !
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famatica-musica   | 80.128.100.xxx | 2011-09-14 17:43:44
L'interview me plait beaucoup, meme je n'ai pas tous compris...
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suze   | 87.66.190.xxx | 2011-09-16 14:30:17
Bonjour Heidi, la prochaine fois, j'essaierai de trouver un traducteur pour toi. Il y aura celle de The Enid qui est super intéressante mais Robert J Godfrey parle....vraiment beaucoup !
A dimanche !
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Marco33 - Et hop, sur facebook :o)   | 78.122.42.xxx | 2011-09-15 16:07:02

excellent !!!
Mis dans les documents de notre groupe dédié au Prog sur facebook ;o)

https://www.facebook.com/groups/PROG.CONNEXION/

Bienvenue à toutes et à tous et merci une fois encore à Progessive Area !
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suze   | 87.66.190.xxx | 2011-09-16 14:31:29
Merci beaucoup ! Elle fut faite avec beaucoup de plaisir avec un homme d'exception !
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Dernière mise à jour : ( 19-09-2011 )
 
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