
19 mai 2012, 22h00 Festival du Prog’Sud aux Pennes Mirabeau près de Marseille. Lorsque Alain CHIARAZZO, guitariste d’ECLAT annonce au programme SHYLOCK, c’est une légende des seventies que l’on croyait disparue à tout jamais qui monte sur scène.
Pour ceux qui ont loupé une étape, SHYLOCK est un groupe français de prog instrumental symphonique créé en 1974 et qui publia deux excellents albums sur CBS en 1977 et 1978 avant de se séparer l’année suivante.
Constitué du trio d’origine, Frédéric L’EPEE à la guitare, Didier LUSTIG aux claviers et André FISICHELLA à la batterie, la formation est actuellement épaulée à la basse par Laurent JAMES guitariste de LORD OF MUSHROOMS.
Ce soir là au Prog’Sud, ces vétérans du prog avaient (re)conquis le public en reprenant l’intégrale de « Gialorgues » et le meilleur de « Ile De Fièvre ». C’était pour le groupe son premier concert en France depuis plus de 33 ans. Inutile de vous dire dans quelle excitation j’étais ce soir là, mêlé à un public en effervescence.
A cette occasion, l’ensemble des musiciens à bien voulu se prêter aux questions de Progressive Area. Et là aussi, une première depuis bien longtemps pour le groupe enfin réuni.
PROGRESSIVE AREA : Alors comment avez-vous vécu votre prestation au Prog’Sud ? Qu’avez-vous ressentit ?
Frédéric L’EPEE : Super ! Ce soir on s’est sentit soulevé par le public, avec des moments très forts et on n’avait pas envie de le décevoir car apparemment beaucoup connaissaient notre musique. Il valait mieux ne pas se vautrer.
André FISICHELLA : Le public était là, il était chaud, chaleureux et il nous a vraiment donné envie de jouer.
P.A : Etait-ce votre premier concert depuis votre reformation ?
Didier LUSTIG : Non, notre premier concert c’était au Art Fest à Gouvéa au Portugal en avril. Mais là ce soir c’était notre premier concert en France où le public était chaleureux et ça nous a fait du bien de jouer dans nos terres.
F.L’E : D’autant que les derniers concerts que nous avions fait nous nous sommes quittés dans l’indifférence quasi-générale et ce soir entendre tous ces jeunes qui ne connaissaient pas notre musique et nous applaudir, pour nous c’était vraiment fabuleux.

P.A : Quelle effet ça fait de rejouer en France 33 ans plus tard ?
F.L’E : Cette question, c’est plutôt à Didier et à André d’y répondre car moi j’ai continué de faire de la scène avec mes autres groupes. Mais me concernant c’est durant la première répétition où dans un truc bizarre tu te dis : « Waouh ! Me voilà plus de trente ans en arrière ».
A.F. : Au niveau émotionnel ? La réunion du groupe avec le public c’est très fort et c’est limite difficile à gérer.
D.L. : Oui c’est très fort et ce soir là le public était très réceptif. Et qu’est ce que ça fait ? C’est comme s’il n’y a pas eu de temps, qu’on s’était quitté il y a deux semaine.
P.A : Pourquoi plus de trente ans plus tard cette reformation ?
F.L’E : En fait c’est Greg WALKER l’organisateur du Far Fest, un festival d’anciens groupes de rock progressif européen qui se tient à Wilmington aux USA, qui nous a demandé si on pouvait reformer SHYLOCK afin d’y participer. On en a discuté ensemble et après avoir bien réfléchi on s’est dit pourquoi pas.
P.A : Revenons 35 ans en arrière. Comment s’est créé SHYLOCK ?
F.L’E. : Tu peux même dire 38 ans en arrière en 1974. J’avais mis une annonce dans un magasin de musique. Je cherchais des musiciens pour faire du rock progressif car je venais de découvrir ça. André a vu l’annonce et m’a présenté Didier avec qui il jouait dans un groupe de reprise.
P.A : Pourquoi avoir pris le nom d’un personnage de SHAKSPEARE ?
F.L’E. : On ne savait absolument pas qu’il s’agissait d’un personnage de SHAKESPEARE. A l’époque c’est Didier qui avait trouvé le nom. On trouvait que ça sonnait bien, on a gardé ce nom.
D.L. : En effet, c’est une sonorité, un nom que j’avais déjà entendu. C’est bien après en lisant Le Larousse que j’ai su qui était SHYLOCK.

P.A : Votre premier album est publié en 1977 sur CBS au moment où le rock progressif a déjà entamé son déclin et est attaqué sur sa droite par le disco et sur sa gauche par le punk qui n’a cessé de mitrailler le prog. N’avez-vous pas eu l’impression à l’époque d’être en décalage ?
F.L’E. : Il faut préciser que « Gialorgues » a été enregistré en 1975. On l’a autoproduit et CBS a racheté les droits. On n’a pas vraiment eu l’impression d’être décalé. On faisait du rock progressif parce qu’on écoutait des trucs comme ça. Mais on écoutait aussi du classique et du rock ordinaire. Mais à l’époque quand le punk est arrivé ça ne nous intéressait pas trop. On était à l’écart de tout ça.
P.A : N’avez-vous pas eu l’impression d’être arrivé trop tard ?
F.L’E. : Effectivement plus tard on s’est dit qu’il fallait que ça arrive plus tôt. Mais à cette époque là ça ne nous avait pas marqué.
P.A : Avant cela vous avez vécu (bande de chanceux) l’époque glorieuse du prog, pensez-vous que la France était un grand pays en la matière ?
F.L’E. : Non ! Pour moi le rock progressif c’est l’Angleterre. L’Italie a eu une grande scène progressive, l’Allemagne aussi avec le krautrock. Mai on ne peut pas dire que la France ai eu une véritable scène dans ce genre. SHYLOCK faisait de l’instrumental et ça aurait pu être n’importe quel groupe anglo-saxon.
P.A : Après la sortit de « Gialorgues » êtes-vous partie en tournée et avec qui ?
D.L. : On a joué à un festival à Carhaix qui était l’ancêtre des Vielles Charrues. Au Golf Drouot aussi. En Suisse, en Italie… je me souviens on avait joué avec PULSAR et ART ZOYD.
F.L’E. : Je me souviens d’un groupe avec qui on avait joué qui s’appelait AILLEURS EXISTE, je ne sais pas si tu connais ? Et franchement j’avais beaucoup aimé. Que sont devenus les musiciens ? Ont-ils fait des disques ?..
P.A : A part ce soir, quel concert vous gardez comme bon souvenir ?
F.L’E. : Pour moi c’était à un festival à Carhaix en 78 où on avait joué devant plus de 2000 personnes et où la aussi le public avait été chaleureux.
D.L. : Oui je m’en souviens bien. Avant nous il y avait un groupe de jazz rock qui s’était fait hué et le public lui avait envoyé des bouteilles en verre. Alors que nous on avait eu droit à un super accueil.
P.A : Revenons sur « Gialorgues », vous signez sur CBS. Ce n’est pas n’importe quoi ? Et qu’elles ont été les retombés ou les conséquences ?
F.L’E. : Il est clair qu’avoir signé chez CBS a fait que le groupe a eu une audience internationale sinon cela se serait réduit à un niveau local ou au mieux national. CBS a fait de la pub nous permettant de passer dans des revues américaines. Du coup des américains et même des japonais ont écouté nos disques, beaucoup plus que des européens.
P.A : Comment s’est fait le contact avec CBS ?
F.L’E : Ça s’est fait après notre service militaire en 77. C’est notre promoteur de l’époque, Christian GOUTTENOIRE qui faisait un excellent travail et qui nous a mis en relation avec CBS suite à une émission télé sur Monté Carlo faite une semaine auparavant.
P.A : A l’écoute de Gialorgues on sent à l’évidence l’influence de KING CRIMSON période 73-74, était-ce votre seule influence ?
A.F. : C’est là qu’on se fâche ? (rire de l’assistance, ndlr).
F.L’E. : En fait il y a énormément d’influence. Il est vrai que tous les trois on écoutait KING CRIMSON. Mais on écoutait aussi tous les autres groupes de rock progressif de l’époque.
A.F. : Moi j’aimais beaucoup le GENESIS de Peter GABRIEL.
D.L. : C’est Frédéric qui était le plus proche de KING CRIMSON. Moi je me sentais plus proche de GENESIS.
F.L’E. : C’est vrais que j’aimais beaucoup les sons de guitare de FRIPP mais j’adorais également GENESIS et YES qui ne transparaissaient pas forcément dans notre musique.
P.A : Ce disque apparaît au moment où KING CRIMSON disparaît brutalement. On pourrait croire que SHYLOCK voulait prendre une place laissée vide.
F.L’E. : On ne peut dire ça. KING CRIMSON c’était des grosses pointures, alors que nous on était jeunes on démarrait à peine, on n’avait franchement pas le niveau.
P.A : On a tout de même l’impression d’avoir affaire au KING CRIMSON français ?
F.L’E. : C’est ce qui se disait à l’époque. Mais tu sais, on est quand même différent. La période du KING CRIMSON à laquelle tu nous assimiles était noire, plus brute. C’était plus sec et KING CRIMSON avait abandonné l’aspect symphonique. Alors que nous on s’est attaché à y laisser une grande part.
P.A : Frédéric quelles sont tes références en matière de guitaristes, de musiciens en général ?
F.L’E. : Jimmy PAGE, Robert FRIPP et Van HALLEN pour les guitaristes. Sinon il ya BACH et Benjamin BRITTEN dans le classique. Concernant le rock en général LED ZEP bien sûr et énormément les BEATLES.
P.A : Et toi Didier ?
D.L. : Moi je viens plutôt du milieu classique et j’ai donc beaucoup écouté BACH et WAGNER. Sinon les groupes qui m’ont fait entrer dans l’univers du rock sont LED ZEP et PINK FLOYD. Après viendra GENESIS, GENTLE GIANT…
F.L’E. : Concernant WAGNER, c’est Didier qui m’a fait découvrir ce compositeur et on sent nettement l’influence de celui-ci dans SHYLOCK en particulier dans « Choral » (issu de l’album « Ile De Fièvre » ndlr).
P.A : En fait, c’est Didier qui apporte la touche symphonique dans SHYLOCK ?
F.L’E. : Didier a apporté l’aspect wagnerien dans le groupe mais on avait tous une influence symphonique. Mon père était violoniste et il y a certaines parties que joue Didier que j’ai composé.
D.L. : C’est vrai et il arrivait que l’on se retrouve tous les trois derrières mon clavier pour composer.
P.A : Et toi André, quelles ont été tes références comme batteurs et musiciens en général ?
A.F. : Concernant les batteurs c’était Bill BRUFORD et Christian VANDER et quelqu’un que j’aime beaucoup : Vinnie COLAIUTA (batteur pour Frank ZAPPA, STING et actuellement Herbie HANCOCK, ndlr). Pour les groupes se sont les même que mes collègues en rajoutant HENRY COW.

P.A : Dans « Gialorgues » il y a absence de bassiste (du moins ces parties la sont assurées par Frédéric). Cela a été un problème pour le groupe ?
F.L’E : En fait c’est la présence de bassiste qui a posé problème car les bassistes que l’on auditionnait ne convenaient pas. On a commencé à trois. On était dans une véritable osmose à telle point qu’il était difficile pour le nouveau venu d’intégrer le groupe.
A.F. : Il y a ce bassiste très connu, Jean Marc JAFET qu’on avait auditionné et qui nous avait dit qu’on l’avait jeté.
F.L’E. : On ne l’avait pas jeté. Il y a simplement qu’on n’avait pas donné suite.
P.A : Laurent James fait aujourd’hui parti du groupe à la basse ? Et que vous apporte-t-il ?
F.L’E. : Bien sûr Laurent fait parti du groupe. Il faut savoir que Laurent est guitariste à la base. J’ai composé les parties de basse en tant que guitariste. Ça ne pouvait que coller à Laurent. De plus un de nos bassistes Christian VILLENA, décédé depuis, avait un jeu similaire à Chris SQUIRE de YES c'est-à-dire basse Rickenbaker médiator mélodique collant parfaitement à Laurent. Bien sûr avec son énergie et en rajoutant des trucs personnels.
P.A : Comment avez-vous connu Laurent ?
F.L’E. : Laurent est guitariste dans YANG un autre de mes groupes et il a pris des cours avec moi. Cela fait maintenant 20 ans.
P.A : Qu’en pense Laurent ?
Laurent JAMES : (Discret jusqu'à présent et qui le restera par la suite sauf sur scène, ndlr) pour moi tout va bien.

P.A : Il n’y a pas non plus de parole dans votre musique. Pourquoi ?
F.L’E. : Dans les trois premiers morceaux je chantais et au premier concert on m’a fait comprendre qu’il ne valait mieux pas que je chante. Du coup on s’est orienté vers l’instrumental. Par contre pour la réalisation du troisième album, CBS nous avait demandé de mettre des chansons. Mais les chanteurs qu’on avait auditionnés ne collaient pas.
P.A : Pourquoi avoir donné des titres comme « le Quatrième », « le Cinquième » et « Le sixième » aux morceaux de « Gialorgues » ?
A.F. : C’était comme dans le classique avec les opus 1, opus 2… on les appelait comme ça car c’était l’ordre des titres que l’on composait.
P.A : Ce qui veut dire qu’il y a « Le Premier », « Le Second » et « Le troisième » ? Ces Titres ont été enregistrés ?
F.L’E. : Bien sûr il y a eu ces trois premiers et ils étaient chantés. Mais ils sont restés à l’état de répétition. Plus tard, on va peut être les rejouer mais remaniés.
P.A : Dans « Iles De Fièvre » votre second album publié en 1978, il y a une grande exploitation du synthé du moins dans le titre éponyme en ouverture. C’était la mode à l’époque ?
D.L. : Ça l’était déjà depuis 1975. On utilisait les moyens que le studio nous procurait et je m’étais acheté un synthétiseur.
P.A : Justement c’était quel type de synthé ?
D.L. : C’était un petit synthétiseur pour musicien pauvre, un TX KO une sous marque de Kawai avec un seul oscillateur. Mais en studio on avait un mini moog avec trois oscillateurs.

P.A : On sent un virage vers le jazz-rock. Pourquoi ?
F.L’E. : C’est Serge SUMMA notre bassiste dans « Iles De Fièvre » qui écoutait beaucoup de jazz-rock et qui voulait que ça groove.
P.A : Dès l’ouverture de « Ile De Fièvre » on sent une grande évolution dans votre musique une plus grande maturité. Pourtant la suite ne va pas être du même niveau. On a même l’impression que certains titres sont des bouches trous. Comment vous expliquez cela ?
F.L’E. : C’est exactement ça ! Lorsqu’on est arrivé en studio on avait très peu de morceau. Il a fallut improviser.
A.F. : En studio on jouait et on gardait les parties qui nous intéressaient mais c’était totalement improvisé.
P.A : Toutefois, l’ensemble de « Ile De fièvre » semble annoncer ce que sera le prog dans les années 80 voire même au-delà. Avez-vous l’impression d’être précurseurs et si oui en avez-vous eu conscience à l’époque ?
F.L’E. : Je pense que comme le fait d’être arrivé trop tard on n’a pas eu l’impression d’être précurseur.
P.A : Ce qui est paradoxal. Tout à l’heure je vous ai dit si vous n’étiez pas arrivé trop tard. Là, on pourrait se dire que vous êtes arrivé trop tôt ?
F.L’E. : Comme quoi on était hors du temps. Mais ça peut s’expliquer que déjà on ne répétait pas en ville mais à la montagne donc isolé de tout.
P.A : Lorsque j’écoute les certaines parties de clavier de « Ile De Fièvre », il ya cette impression que l’organiste de Mark KELLY a repiqué des trucs pour « Script For A Jester’s Tear » le premier album de MARILLION.
F.L’E. : Tu croix ? Je ne sais pas. Lorsqu’est apparu MARILLION je n’avais pas accroché. Les choses avaient bien changé. Pour être honnête à l’époque j’avais tourné le dos au rock progressif. Mais pour aller dans ton sens à Gouvea, les musiciens du groupe suédois ANGLAGARD nous avait dit avoir été influencés par notre musique.
P.A : Avez-vous l’impression que votre musique est actuelle ? Je vous demande ça car c’est l’impression que cela donne lorsqu’on écoute « Ile De Fièvre ». C’est à croire que ce titre est intemporel.
D.L. : Oui je considère que notre musique est actuelle car elle est sincère. C’est une musique de jeunes et lorsque que nous avons composé tous nos titres nous étions vraiment très jeunes. On avait, si je m’en souviens bien, entre 18 et 19 ans. On n’avait même pas fait notre service militaire.
F.L’E. : C’est marrant ce que tu dis car j’ai une anecdote à se sujet. A Gouveia j’ai dit sur scène que « Ile De Fièvre » et « Laocksetal » étaient tirés de notre second album. Après le concert j'ai rencontré Carlos PLAZA, un ami et claviériste du groupe espagnol KOTEBEL (voir la dernière chronique de CHFAB à ce sujet, ndlr) qui m'a demandé quand sortait le second album... Il n'en revenait pas quand je lui ai dit qu'il était sorti il y a 34 ans !
P.A : Après ce second album c’est la séparation. Pourquoi ?
F.L’S. : Il y avait plein chose qui ne marchaient plus. Déjà on ne répétait plus à la montagne. On n’était plus dans cette bulle. La musique avait commencé à changer. Serge était très insistant sur le côté jazz-rock auquel je n’avais pas adhéré.
A.F. : Mon sentiment, du moins à l’époque, c’est qu’on était à un carrefour de deux choix musicaux. On se bagarrait pour ça et on n’allait pas tous dans le même sens. Et curieusement je ne retrouve pas la même sensation de l’époque et j’ai l’impression qu’aujourd’hui on est en phase.
D.L. : En fait la magie de l’époque avait disparu.
F.S’L. : Se rajoute à cela le problème de CBS qui nous demandait de faire de la musique qui ne nous plaisait pas forcément avec un chanteur et des morceaux avec trois accords. On a fait quelques concessions mais pour CBS ce n’était jamais bon. Du coup on a préféré arrêter.
P.A : Les rééditions de vos albums par Muséa proposent des bonus enregistrés au début des années 80. Etait-il question de faire un 3ème album ?
F.S’L. : Il était question de faire un troisième album. Il était même prévu qu’il soit produit par Alan PARSON avec dans la foulé une tournée en première partie de GENESIS. On avait fait une démo qui non seulement n’est jamais sortit mais que l’on renie plus ou moins. On va reprendre certains thèmes qu’on va retravailler sur scène pour plus tard. Mais il faut préciser que les bonus de « Gialorgues » sont en fait des titres que l’on a composé Didier et moi en dehors de SHYLOCK pour un projet qui est tombé à l’eau.
P.A : Après SHYLOCK qu’elle a été pour chacun vos parcours ?
D.L. : Pendant SHYLOCK j’avais arrêté mes études et lorsqu’on s’est séparé je me suis demandé ce que j’allais faire de ma vie. Pendant dix ans j’ai donné des cours de piano. Par la suite je me suis intéressé à l’astrologie tout en continuant dans la composition.
A.F. : Moi j’ai continué à faire des groupes que j’ai créé. Le premier s’appelait G’ZER et le second XY. Par la suite j’ai fait beaucoup de studio avec certains producteurs. Puis j’ai créé mon propre studio d’enregistrement où j’ai travaillé avec Herbie HANCOCK, Vinnie COLAIUTA et il était question que je travaille avec Roger WATERS mais le projet n’a pas abouti. Bref, je suis dans le son et je produis des musiques avec des labels.
F.D’L. : D’abord j’ai voulu fonder une famille. J’ai fait des études de compositions. Je suis devenu compositeur de musique contemporaine. J’ai créé les groupes PHILARMONIE puis YANG et en parallèle j’ai donné des cours de musique.
P.A : Quel regard portez-vous maintenant sur les albums de Shylock 35 ans plus tard ?
F.D’L. : Quand je réécoute ma musique après quelques années je ne la réécoute pas comme si c’était moi qui l’avait faite. C’est comme si c’était quelqu’un d’autre. Je ne me retrouve pas dedans et je trouve que c’est bien.
A.F. : Quand je réécoute je me dis : « qu’est ce qu’ils étaient bons ! »
D.L. : Moi je suis plus critique. Je pense qu’on a été des musiciens très créatifs, très originaux mais qui auraient pu mieux faire dans le sens où la production était mauvaise. Pas simplement le son mais également la conception des albums où on aurait eu avantage à travailler avec un producteur artistique.
F.D’L. : Ça c’est une opinion uniquement personnelle. Ce n’est absolument pas mon avis sur cette époque là. On a tenté de nous donner des directeurs artistiques et ça s’est très mal passé. Il faut toutefois préciser qu’ils n’étaient pas compétant.
D.L. : En fait aucun des deux albums ne me satisfait globalement. C’est pas mal mais cela aurait pu être mieux.
F.D’L. : Maintenant on est là pour rendre notre musique en mieux. C’est à dire faire ce que l’on ne pouvait pas faire à l’époque, travailler sur le son, les arrangements. Rendre cela plus efficace sans que le public sente nécessairement un changement.
P.A : Avez-vous l’impression d’être des vétérans du prog ?
A.F. : Quand j’écoute certaines personnes je dis oui. C’est ce qu’on nous renvoie. Mais quand on joue SHYLOCK je n’ai pas l’impression de sortir des vieilleries.
D.L. : C’est comme si la dernière répétition d’il y a 33 ans avait eu lieu il y a trois semaines. On a repris les choses là où on les avait laissées.
P.A : Un album en perspective ?
F.L’E. : Si album il y a, ce sera avec les mêmes morceaux réenregistré correctement et peut être en remaniant des inédits c'est-à-dire « Le Premier », « Le Deuxième », « Le troisième » et la démo du troisième album. Mais on prend le temps. Ça semble tous neuf. D’abord on se consacre à nos concerts.
P.A : Vos prochaines dates ?
F.L’E. : On joue le 22 septembre à Nice pour un concert gratuit à l’auditorium Albert CAMUS. Puis bien sûr le Far Fest à Wilmington le 7 octobre.
P.A : Merci à vous
F.L’E. : Merci à toi.
Après ça, le groupe a bien voulu se prêter à une visite guidée de mon expo consacrée à l’âge d’or du rock progressif que j’avais installé à l’occasion du Prog’Sud.

Par Jimmy James
Prise de son : Aïcha Nini
Photos : Aïcha Nini et Jimmy James