Comment se fait-il que cet album n´ait pas encore été chroniqué ici chez nous, en France, à l´heure où je vous parle ?... Il a fallu que je me retrouve au Portugal pour me retrouver sur le net international et tomber sur au moins dix sites consacrant un papier sur ce groupe.
Vous l’aurez compris, si je vous dis tout ça, c’est parce que j’aime franchement cet album, et je continue à l’écouter régulièrement. Je vais donc vous vanter une musique habitée, envoutée et envoutante, aux sonorités résolument rock , classieuses et aériennes, voire même psychédéliques, avec la concision d’une pop ambiante, pratiquée par des musiciens inspirés, et sans pourtant faire preuve de grandes démonstrations techniques. Attention, ça ne veut pas dire qu’on se contente d’y justifier docilement son cachet comme à la radio, non non non ; on y découvre une belle maitrise des effets de guitares, au son épais, granuleux et lancinant, à la basse tout aussi touffue et volubile ( KING CRIMSON ?), une batterie magnifique ; groove, fine, élégante, et des claviers distillant des ambiances vaporeuses à souhait, a discrétion, en soutien , sans jamais prendre le dessus sur le reste. En fait, il s’agit de donner corps (magnifiquement) à des ambiances majestueuses, vénéneuses, et sexy (oui oui, il n’y a là rien d’incompatible avec notre style de prédilection qui est le progressif, bien au contraire, et on y retrouvera certainement de belles accointances avec ce que le trip hop peut susciter, en matière de sensualité certaine) .
Les pièces se succèdent sans jamais vraiment dépareiller de cette pâte, dans un format court (seul un morceau, le dernier, dépasse la barre des six minutes). Le chant est incarné par une voix simple sans tremolo, mais lancinante, caressante, parfois doublée à l’octave en dessous, à la manière du FRANK ZAPPA le plus torride (on pense, entre autre, à « The Torture Never Stops », pour les connaisseurs, sur l’extraordinaire album « Zoot Allures »), si si, ce groupe vous fait un certain effet dans le bas ventre, et vous invite certainement a inviter votre (vos ?) partenaire a explorer des sensations bien plus que stratosphériques (le titre du premier morceau est plus qu’évocateur à mon sens... ). On nage en pleine expérience éthérée, au milieu du funk, du groove, mid tempo, et au plus près des pointures merveilleuses que sont LANDBERK, ANEKDOTEN, ANATHEMA dernière mouture (jusqu'au PORCUPINE TREE le plus tranquille): Wah wah, fuzz, cymbales planantes, basse ronflante, claviers analogiques modulant à souhait, j’en passe et des meilleures… Les morceaux sont concis, très inspirés bien que directs, sans digressions savantes.
Ça joue bien, avec une vraie cohésion de groupe, et pourtant, à la lecture du livret (malheureusement très succin), je découvre qu’il s’agit la d’un duo, dont toute les parties mélodiques sont prises en charge par un seul gazier, David MELBYE, épaulé par son compère batteur, Roberto SALGUERO, et là je dis évidemment « chapeau ! », parce qu’à l’oreille, on a vraiment affaire à un groupe rompu a la scène et l’improvisation. D’ailleurs, à ce propos, on ne peut s’empêcher de saliver à l’idée d’assister à un concert de HEAVY WATER EXPERIMENTS, tant les morceaux doivent décoller à l’envie sur du live…
Un mot sur la pochette : Qui connait SPIRIT ne pourra s’empêcher de songer a la couverture de « Twelve Dreams Of Dr Sardonicus », paru en 1970… Ainsi on devinera un peu plus sur quel terrain on évolue, avec oscillation entre fièvre et accalmies …
Notre duo américain (Le multi-instrumentiste compositeur et producteur, au mixage donc, est originaire de Los Angeles) semble avoir été fortement rapproché au mouvement post psychédélique, et c’est PINK FLOYD qui est cité à ses cotés la plupart du temps. Je trouve cela assez réducteur en fait, et la force évocatrice de HEAVY WATER EXPERIMENTS nous emmène bien au-delà, distillant une douce mélancolie bienveillante, sans nul doute plus positive que les deux groupes scandinaves pré-sités .
La production est fort belle, spacieuse, profonde, et redonne tout son sens et son plaisir à la stéréo.
Je me dois de remercier mille fois notre Priam national, grand manitou de PROGRESSIVE AREA, de m’avoir suggéré de jeter une oreille sur ce premier (il faut le noter) et très bel album.
A l’image des plus sulfureux narcotiques, on ne saurait s’en passer… Goutez-y sans modération aucune… Eu-pho-ri-sant !