|
Chez les STONES et les BEATLES dans chacun de leurs albums il y avait toujours un ou deux titres pour nous contrarier. Mais chez Jimi HENDRIX tout était bon. Rien à jeter. Du moins de son vivant. Car après sa disparition les albums posthumes et autres compilations qui suivront, laisseront à désirer. La faute à ces labels et producteur aux intentions plus ou moins douteuses qui ne mettaient pas en valeur le talent inépuisable de notre ami guitariste. Jusqu'à ce que la Hendrix Family y mette le holà.
Et voilà que justement la famille Hendrix aidée de l’ingénieur du son Eddie KRAMER, nous balance pour les 40 ans de la mort du gaucher ce « Valleys Of Neptune », avec 12 titres inédits, pour plus d’une heure de musique. De quoi saliver.
Mais lorsque l’on liste les chansons on aurait de quoi crier au scandale. En effet, parmi ces soi-disant inédits se trouvent « Stone Free », « Fire » et « Red House » publiés en 1967 dans le premier album du JIMI HENDRIX EXPERIENCE et en 45tours. Et « Bleeding Heart », une reprise d’Elmore JAMES, figure dans l’album « Blues » sorti en 1994.
Bref c’est la déception qui nous gagne. Pourtant si l’on s’y penche bien, ce disque à son intérêt. En effet, à l’exception de l’excellent « Mr. Bad Luck » joué en 1967, tous les titres ont été enregistrés en 1969. Or, en 1969 Jimi HENDRIX n’a pas publié d’album !
L’année précédente, le guitariste sortait le chef d’œuvre de sa vie « Electric Ladyland ». Cette œuvre intemporelle précurseur de beaucoup de choses est à la croisée de la musique pop, de ce qui se faisait avant et de ce qui se fera après. Nous sommes entre le blues, la soul, le psychédélique et l’acid rock d’un côté et le hard rock, le jazz rock et le rock progressif de l’autre. Au même moment les pionniers du heavy rock, CREAM, YARDBIRD et le JEFF BECK GROUP sont sur le point de spliter laissant derrière eux un genre encore fumant qui n’attend qu’une chose : être structuré pour pouvoir exploser.
L’année 69 voit donc de grand chamboulement en matière de pop. Si l’Angleterre et l’ensemble de l’Europe s’émancipent des influences américaines par le biais du rock progressif avec l’apparition énigmatique et fracassante du KING CRIMSON, le monde du blues lui va connaître un bouleversement sans précédant en se durcissant.
Quatre grands pistoléros de la six cordes électriques, jouant et déstructurant le blues au fer rouge, sont conscients de ce changement radical qui va dominer les années 70. Il s’agit de Jeff BECK, Eric CLAPTON, Jimmy PAGE et bien évidemment Jimi HENDRIX. Ces as de la gâchette électrique vont se livrer une guerre à coup de riffs plombés et de soli dévastateurs.
Un accident de voiture va mettre hors jeu Jeff BECK pendant 18 mois. Il reviendra sur le devant de la scène en 1971. Eric CLAPTON fatigué du CREAM va fonder avec Steve WINWOOD, BLIND FAITH. Mais le public ne suit pas. CLAPTON jette l’éponge pour réapparaître en 1970 avec le magnifique « Layla ». Reste les deux Jimmy : HENDRIX et PAGE.
Voulant s’orienter vers d’autres champs musicaux, HENDRIX se sépare d’un Noel REDDING frustré et met fin à L’EXPERIENCE devenu l’ombre de lui-même fin juin 1969. Ce qui ne l’empêchera pas de réaliser au festival de Woodstock l’une des performances qui va le propulser définitivement dans la légende avec sa célèbre version de l’hymne américain qu’il torturera pour dénoncer la guerre du Viet Nam. Mais Hendrix n’a pas de groupe solide pour prétendre à un album. Et un certain Jimmy Page va profiter que la route soit libre pour imposer son groupe LED ZEPPELIN et un style naissant : le hard rock.
Pourtant malgré la tourmente, Jimi HENDRIX avait réalisé des enregistrements durant l’année 69, bien avant le concert de Woodstock. Ambitionnait-il de réaliser un quatrième album ? On peut éventuellement en douter car certaines prises étaient des réenregistrements de titres parus dans « Are You Experienced ? » dans le cadre de répétitions. De plus, après Woodstock notre ami avait deux projets en tête. D’abord monter un nouveau groupe purement black afin de calmer la grogne des Black Panthers qui reprochaient à HENDRIX de ne pas assumer sa négritude. En s’adjoignant les services du bassiste Billy COX et du batteur Buddy MILES il montera donc l’éphémère BAND OF GYPSY.
Le second projet était de donner une suite digne à « Electric Ladyland ». Pour cela, il souhaitait terminer la réalisation de son propre studio, l’Electric Lady Studio. Malgré quelques belles prises excellentes, notre gaucher ne verra jamais ce « Firt Ray And The New Rising Sun » publié de son vivant (il faudra tout de même attendre près de 25 ans et quelques vinyles bidons pour que soit possible d’entendre ce chef d’œuvre).
Reste ces morceaux qui composent ce « Valleys Of Neptune » joué par un EXPERIENCE à bout de souffle (Noel REDDING est sur le départ et Billy COX prend à peine le relai). Et franchement c’est un régal. Eddie KRAMER à pris soin de rebouster le son, lui donnant un côté plus actuel tout en respectant l’aspect 70’s. Visiblement HENDRIX a encore beaucoup de chose à nous dire.
Alors que Neil AMSTRONG foulait le sol lunaire, le gaucher avec sa gratte cosmique nous fait visiter les vallées psychédéliques de Neptune. Il est vrai que ce dernier aimait raconter à qui voulait l’entendre qu’il était un extra-terrestre. Et bon sang, on peu le croire car c’est chaud, volcanique, magmatique. Comme d’habitude c’est la claque ! On est à genoux face à tant de grâce, de groove et de déluge sonore joué avec feeling, rage, finesse et conviction. C’est un délice de l’écouter réactualiser certains de ses standards, en particulier « Stone Free », plus fluide, plus subtil et « Red House » plus acide et plus latent. Le cherokee nous délivre une version hard funky de « Bleeding Heart » et une version incendiaire presque heavy metal de « Sunshine Of Your Love » à rendre jaloux Eric CLAPTON. On emprunte les chemins de fer de la géante gazeuse avec l’envoûtant « Heart My Train A Comin’ », magnifique titre heavy blues déstructuré et torturé où le Voodoo Child crache son venin et nous envoie des soli menaçants dont il a le secret. On survole la planète avec « Lullaby For The Summer ». On passe à la vitesse de la lumière avec « Lover Man » (qui est une réadaptation de « Rock Me » de B.B. KING). Et on fait un atterrissage en douceur avec le cool « Crying Blue Rain ».
Bref ce disque, loin d’égaler « Electric Ladyland », est une perle bien conçu que l’on peut posséder sans risque de se faire arnaquer et est excellent pour qui veut découvrir le gaucher.
40 ans après le crash de la comète HENDRIX, le cratère fume toujours.
| Partager |
|
|
Chroniqueur : Jimmy James
|
| |
| |
|
Line-up
Jimi Hendrix - Guitar & Vocals
Billy Cox - Bass
Noel Redding - Bass
Mitch Mitchell - Drums
Juma Sultan - Percussion
Chris Grimes - Tambourine
Al Marks - Maracas
Rocki Dzidzomu - Percussion
Roger Chapman - Backing Vocals
Andy Fairweather Low - Backing Vocals
|
Tracklist
01. Stone Free (3:46)
02. Valleys Of Neptune (4:04)
03. Bleeding Heart (6:23)
04. Hear My Train A Comin (7:32)
05. Mr Bad Luck (2:58)
06. Sunshine Of Your Love (6:47)
07. Lover Man (4:17)
08. Ships Passing Through The Night (5:52)
09. Fire (3:12)
10. Red House (8:22)
11. Lullaby For The Summer (3:48)
12. Crying Blue Rain (4:56)
|
|
|
|

|
|