XANG (22/02/07) par Anglagard
Écrit par Anglagard   
22-02-2007

Après un 1er album "Destiny of a Dream" remarqué dans le landerneau du milieu progressif et métal, il a fallu attendre près de sept ans pour enfin bénéficier d'une suite à cet opus.
Parle nous de cette longue période de silence et des raisons qui ont abouti à cette situation.


Seules les trois ou quatre dernières années ont été effectivement un peu longues. Nous avons été bien occupés entre 1999, date de la sortie de notre premier album et les trois années suivantes. Nous avons effectué une série de concerts et divers festivals où nous jouions déjà en partie les morceaux de « The last of the Lasts ». Nous avons joué à plusieurs reprises of Spirit of 66 en Belgique, à Linkebeek (Belgique également), au Progfarm Pays-bas, au festival de Corbigny, de Sarlat, une petite tournée en Suisse, Le Rio Art Rock Festival au Brésil, le Progsol en Suisse. Et à divers autres endroits un peu partout en France. Nous étions bien occupés…
Le fait est que nous ne vivons pas de la musique, nous avons comme tout le monde nos obligations professionnelles, alors partir à l’autre bout du monde ou plus simplement dans le pays d’à côté est évidemment un plaisir, mais ça engendre pas mal de choses au niveau des contraintes en contrepartie. Et puis la vie familiale, on ne peut pas la mettre en stand-by. Des choses très concrètes comme l’achat d’une maison pour Vincent et Matthieu, faire en sorte que celle-ci soit habitable, la joie d’être père, enfin toutes les choses de la vie qui font qu’en plus de la musique, tu n’as plus cinq minutes à toi.
Les autres y parviennent peut-être sans problème, pour nous c’était plus dur à gérer, voilà tout.

Quels ont été les éléments déclencheurs pour retourner en studio et élaborer cet album ?

Le simple fait que tout était là ! Les compositions étaient quasi terminées, les textes, les photos pour le booklet, toute la structure du projet qui dormait dans les cartons. Il a fallu se faire violence car comme je te le disais, il y a des choix à faire et certaines priorités. Nous avons tout d’abord cherché à finaliser le projet sur le plan budgétaire, trouver les financements. Puis petit à petit le projet a pris corps. Mais il a encore fallu un certain temps entre le début et la finalisation. Deux ans en gros, et un tas de galères techniques, des contretemps. Il y a eu des reports de sortie car il nous manquait à chaque fois le petit quelque chose pour finaliser l’album. Mais bon, à force nous sommes parvenus à finir le travail

Pendant cette "hibernation", la vie musicale commune a-t-elle été mise en pointillé ou avez vous continué à répéter et composer ou pour ce qui te concerne vivais tu reclus en ermite à l'écart du microcosme musical ?

Durant les trois ou quatre années suivant la sortie de « Destiny of a Dream », il y a eu les concerts, les festivals et puis effectivement les activités du groupe étaient de plus en plus rares. Il y avait bien des répétitions de temps en temps, histoire de revoir le répertoire et finir de composer les morceaux, des entrevues mais c’était assez calme. Mais nous avons toujours été en contact avec Patrick BECKER de GALILEO RECORDS. La volonté était là, mais également le manque de temps et de moyens. L’album est enfin sorti, le site web du groupe remis à jour ainsi qu’un « myspace », histoire d’être un peu dans l’air du temps, même s’il est vrai que ce n’est pas trop nos priorités.
Mais quoiqu’on fasse, quand tu fais partie d’un groupe et que tu t’en occupes un peu, jouer de la musique ne représente pas la majorité du temps. Ce sont les différentes démarches pour l’album, le label, les contacts et toutes les contraintes qui vampirisent toute ton énergie et ton temps libre…
En ce qui me concerne et puisque tu me poses la question, effectivement j’ai perdu un peu le fil des sorties musicales, un peu déconnecté de tout ça. On ne peut pas vraiment parler de vie d’ermite, mais c’est vrai que c’est un peu la sensation. On peut dire qu’on redécouvre tout ça. Je ne sais pas trop ce qui a été fait depuis. En gros on m’a dit que le public était toujours aussi restreint mais que par contre il y a avait beaucoup plus de groupes.

Depuis le début de nouveau siècle t'es tu enthousiasmé pour un style musical ou pour un nouveau groupe ?

Un style musical à proprement parler non. Par contre, et je parle à titre personnel, un groupe m’a permis de ne pas totalement décrocher, car je trouve qu’ils sont talentueux, que le sens de la composition y est très aigu et surprenant, c’est Porcupine Tree. Je le répète, ce n’est qu’une opinion, mais je crois qu’un groupe avec autant d’idées qui font mouche, sans démonstration, je n’en ai pas entendu depuis des années. Pour les autres membres du groupe je ne sais pas, nous ne partageons pas tous les mêmes goûts, nous n’écoutons pas les mêmes choses, ça peut être un plus tant que ce n’est pas l’objet de frictions. Dans notre cas ça nous permet de rester ouverts, d’enrichir notre musique de choses qui a priori, n’ont rien à voir avec notre style musical.

Parlons maintenant de l'actualité de XANG avec la sortie du nouvel album "The Last of the Lasts". Le titre est suffisamment évocateur puisque bien entendu le thème de la guerre 1914-1918 sert de fil conducteur aux huit compositions. Votre appartenance à une région française qui a beaucoup souffert de cette période a t elle constitué votre principale source de motivation dans le choix du concept ?
Forcement...Pour parler de ma ville natale, Cambrai, a été détruite à 45% durant la
première guerre mondiale, les allemands ayant décidé de tout brûler et tout saccager devant l’avancée des alliés. Voilà comment une ville millénaire, un joyau de l’architecture médiévale flamande est partie en fumée en 1918. Re belote en 1944 où la ville fut détruite
à 55%. On a même eu droit à un traitement spécial durant l’occupation de la seconde guerre mondiale à cause de notre supposée appartenance passée à l’empire germanique.
C’est le lot de toutes les villes du Nord-Pas de-Calais et de l’Est de la France qui ont cumulé deux tragédies en vingt ans. Toutes les infrastructures et industries rayées de la carte.
Ensuite il y a les drames familiaux, l’hécatombe. Les choses que l’on transmet au sein de la famille. Les anecdotes familiales. J’ai un arrière grand Oncle qui a été emmené par les allemands durant la première guerre mondiale, son père était suspecté de faire des signaux aux lignes alliées avec les ailes de son moulin.
Le fils n’a jamais été retrouvé, la maison et le moulin incendiés. En plus des autres fils tombés sur le champ de bataille. On oublie souvent le tribu payé par les civils durant la première guerre en pensant souvent à la seconde. Mais c’est clair que l’addition a été terrible pour notre pays du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. Pas une ville, pas un village sans plaque commémorative avec des dizaines de noms, sans monument aux morts. Plus d’un million et demie de victimes. Il a fallu attendre les années 50 pour atteindre à nouveau un niveau de population équivalent à 1914, je trouve ça hallucinant…
Et puis il suffit de se promener en rase campagne. Difficile de faire 3 ou 4 kilomètres sans apercevoir un cimetière militaire, parfois juste quelques dizaines de tombes ou alors des hectares entiers, à perte de vue. En fait les photos sur le livret de l’album ont été prises pas très loin de chez nous. Maximum à 30 minutes. Il m’a parfois suffi de 2 minutes de marche juste à côté de la maison. J’ai attendu des matins gris et tristes pour tenter de bien retranscrire l’atmosphère des lieux, l’ambiance propre à ces endroits bien particuliers. C’est clair que quand je rentrais chez moi avec mon appareil photo j’avais parfois une drôle d’impression, un sentiment d’énorme gâchis et de tristesse. Ce n’était pas des chiffres sur les feuilles d’un livre, le nombre était bien palpable et concret dans la pierre et les alignements

La gestation du concept fut elle longue à se dessiner avec des idées mûries durant ces sept ans ou après la décision de sortir ce disque l'enthousiasme de chacun a permis d'aboutir rapidement à un concept cohérent ?

Le premier album était à peine sorti que nous savions que nous allions parler de ce sujet. Comme tu l’as dit, c’est un thème local, une évidence. De plus j’ai eu l’occasion un peu forcée, d’effectuer mon service militaire à Verdun en 1989. Comme de bien entendu nous avons visité les hauts lieux et le champ de bataille. Je ne pense pas qu’on puisse revenir intact d’un tel endroit. Je ne suis pas revenu pareil, c’est clair. Cet endroit est le plus triste et le plus émouvant que j’ai pu visiter de toute ma vie. L’ossuaire est tout simplement incroyable, surréel, les hauts lieux comme le Mort-homme, la côte 304, le cimetière militaire énorme et hypnotique…
Franchement, le drame qui a eu lieu est encore présent physiquement. La mort se sent encore, 90 années plus tard.
Tout le monde s‘est senti concerné, tout le monde a adhéré au projet musical, il était important de trouver un thème fédérateur, ce thème était une évidence pour nous.
Surtout pas une glorification de la chose militaire, mais un hommage aux pères, frères, fils qui ont été sacrifiés mais qui sont restés solidaires, persuadés qu’ils étaient, qu’après un tel drame, une telle absurdité, que plus aucune guerre ne pourrait être possible.

Chaque titre reprend un thème particulier de la guerre, à titre d'exemple les tranchées, Verdun etc...
L'ambiance musicale parait se fondre dans chaque thème développé, à titre d'exemple des riffs de guitare métal et des soli très aigus pour la violence des combats dans "Trenchés" , une ambiance plus éthérée sur "Gas".
Pourrais-tu nous en dire un peu plus sur cette alchimie entre la musique et le concept de l'album ?


Nous sommes un groupe instrumental, pas de chant, pas de musique portée par des paroles explicites avec la musique. Le but depuis le départ a été d’illustrer notre musique vu l’absence de chant. Sur le livret, par des photos, dessins, textes. Par l’exécution musicale, les accords et ambiances employées. Il est clair que nous n’allons pas trop employer des accords majeurs pour des morceaux qui parlent de tels drames humains. Chaque accord utilise une certaine gamme de fréquence qui doit provoquer une émotion, une ambiance. Nous n’irons pas jusqu’à dire que nous avons eu une approche scientifique et cérébrale de l’album. Tout ça c’est du ressenti, tenter de faire les choses à propos. Pour GAS par exemple, pour faire en sorte d’imaginer le nuage de gaz qui se rapproche, il fallait un tempo lent, quelque chose d’assez symétrique et linéaire, des synthés assez éthérés (et tant pis pour ton excellent jeu de mots), une guitare fluide. Nous avons procédé de la sorte pour chaque morceau. Pour MUD par exemple. Une course rapide dans la boue pour atteindre les lignes adverses avant de se faire faucher par un tir de mitrailleuse, le souffle coupé, puis la férocité du combat au corps à corps. Un tempo rapide, des guitares agressives, une session rythmique assez fournie. On a tenté de ne rien mettre au hasard. Je ne sais pas si ça fonctionne, à vous de nous le dire.

Si on retrouve certains des ingrédients de "Destiny of a Dream", "The Last of the Lasts" apparaît moins typé prog métal ou fusion et offre une palette plus variée , Comment s'est opérée cette évolution au sein du groupe ?

Après la réalisation du premier album, nous nous sommes dis qu’il ne fallait pas rester dans la même optique. Il fallait opérer une mutation. Nous avions le sentiment que ça ne servait à rien de faire les albums d’affilée, d’avoir de nouvelles compositions, toujours avec le même angle, la même approche. Faire du réchauffé en gros…
C’est clair que pas mal de groupes gardent le même son, la même façon de faire albums après albums. D’autres sortent un album qui aurait très bien pu être réalisé il y a 30 ans. Du rock progressif… Ca veut dire quoi ce terme ? Voilà un style musical qui se voulait novateur qui est l’un des seuls à n’avoir pas su se remettre totalement en question. Nous n’avons pas le talent pour tout remettre en question, mais qu’on ne compte pas sur nous pour refaire indéfiniment le même album. Nous ne savons pas encore de quoi sera fait le prochain, mais ce qui est clair, c’est qu’il sera encore différent. Peut-être plus de machines, plus métal ou industriel ou plus planant, ou peut-être un peu de tout ça. L’avenir est au mélange en tous cas.

Ce qui frappe aussi à l'écoute, et contrairement au 1er album
c'est cette ambiance pesante voire sombre et mélancolique à certains moments . La référence à une période noire de notre
histoire explique t'elle totalement ce côté sombre ou vos états
d'âme respectifs après une période de silence sont ils à prendre
en compte ?


Nos états d’âme respectifs après cette période de silence n’ont pas
pesé. C’est notre état d’esprit, notre vision du monde et de la société. Peut-être un manque de confiance vis à vis de l’humanité en général. Cette ambiance sombre n’est que le reflet de l’ambiance de l’époque, d’une tragédie humaine à l’échelle planétaire. Il était difficile de traiter d’un tel sujet avec légèreté, ça faisait peut-être appel à une certaine dose d’imagination que nous n’avons peut-être pas. Quoiqu’il en soit il est certain que ce sont ces sujets qui nous interpellent, qui nous motivent.
Je crois savoir, qu’Apollinaire, poète de son état et qui justement était
sur le champ de bataille durant la première guerre mondiale, parlait de tristesse constructive. De mon côté et bien plus modestement, je pense avoir la même vision. Il ne s’agit pas de sombrer dans le misérabilisme, dans des choses ostentatoires, mais il y a pas mal de sujets graves qui motivent, qui valent la peine d’être traités. Pour « The last of the Lasts »
il suffit d’aller dans les cimetières militaires dans le coin, sur les champs de bataille pour avoir les tripes qui se serrent.


On ne peut s’empêcher d’avoir de la compassion pour ces gens, pour l’enfer qu’ils ont vécu. L’enfer, ce n’est pas un vain mot, ce n’est pas abstrait quand on se rend compte de ce qu’ils ont du endurer.

Les références musicales sur "On Leave" ressortent clairement du côté du jazz et jazz rock , est ce un clin d'oeil à ton passé avec Vincent dans un groupe de Jazz Rock avant la création de XANG ?

En partie, tout du moins en ce qui concerne la session rythmique basse-batterie. Au départ, sur toute la première partie du morceau il y avait des claviers qui ont été finalement retirés pendant le mixage.
La guitare électrique qui était plutôt rock est devenue jazz sous l’impulsion d’Antoine qui a préféré cette approche peu de temps avant le clôture de l’album, c’est ce qu’il ressentait le mieux et c’est ce qu’il avait envie de mettre. Dans un sens ON LEAVE parle des permissions des soldats sur l’arrière, la touche jazzy tombait vraiment bien. On espère que le tout reste homogène.

Au delà de la variété des références et ambiances, certaines compositions ont été enrichies de nouvelles sonorités instrumentales, je pense notamment à Roommates et son introduction à l'accordéon mais aussi aux percussions sur Sacrifice. Peux-tu nous en dire plus et pour l'avenir incorporerez vous encore d'autres instruments (cordes, vents...) qui à mon sens s'accommoderaient tout à fait dans votre musique ?

C’est bien possible. Nous avions projeté d’incorporer du trombone à coulisse (Matthieu est tromboniste à la base) sur VERDUN, mais pour finir ça ne s’est pas fait. Les instruments acoustiques se prêtaient bien à cet album vu le thème de la première guerre mondiale. L’accordéon, le piano, la guitare acoustique devaient rappeler l’atmosphère d’une chambrée, la guitare arabo-andalouse et les percussions orientales rappeler les ambiances dans les bivouacs des tirailleurs d’Afrique du nord.
Pour le prochain album, il est fort possible qu’il en soit encore de même, mais je ne peux rien affirmer. Ce sera en fonction de notre inspiration du moment. Mais c’est vrai, les instruments acoustiques s’accommodent assez bien à notre musique, mais qui est et restera majoritairement électrique.

Toujours pas de projet d'introduire du chant dans vos compositions ?

Surtout pas, ça fonctionne très bien sans, pourquoi changer ? Le chant est trop souvent, et à tort à notre humble avis, considéré comme l’élément essentiel, mais pour nous il ne doit être qu’un élément, comme peuvent l’être la basse, la guitare ou les claviers.

Envisages tu de vous produire sur scène au moins de manière occasionnelle, ou trop compliqué à préparer et organiser ?

Mais c’est ce que nous faisions suite à la sortie du premier album. Il est clair qu’on ne peut pas se permettre d’aller sur les routes deux ou trois mois d’affilée. La musique n’est pas notre métier et nous ne comptons pas que ce soit le cas, en tous cas en tant que musicien de groupe. On ne gagnera pas notre vie avec XANG et dans un sens, heureusement. Nous ne sommes pas tributaires des ventes et des revenus générés par la vente de nos albums, heureusement d’ailleurs car on ne mangerait pas tous les jours. En attendant, puisqu’il n’y a pas d’impératifs commerciaux, on peut jouer et composer ce qu’on veut, ce qu’on a vraiment envie de jouer.
Pour ce qui est des concerts, nous allons faire comme d’habitude. Des festivals où de temps en temps nous sommes sollicités pour jouer ici et là, en France ou ailleurs. Cela fonctionne très bien et nous n’en voulons pas plus.

Enfin pour finir de te torturer, pourquoi le choix de l'anglais sur votre site et le livret ?

A la limite il est vrai que ça serait bien de faire un effort pour notre site web. Pour ce qui est du livret du CD et des textes de « Destiny of a Dream », nous avions mis tous les textes en français et en anglais sur le livret précédent, mais nous n’avions pas assez de place cette fois-ci. Il y a les textes, les photos en noir et blanc, les aquarelles (réalisées par Peter WOOD), rajouter les textes en français n’était pas faisable. Pourquoi l’anglais ? Il semblerait qu’on s’exporte mieux, la majorité de nos ventes s’effectue à l’étranger, le français était compliqué afin que notre démarche et les sujets soient bien compris, l’anglais est maintenant la langue universelle, et puis je crois que notre démarche musicale est plus anglo-saxonne que française, davantage notre source d’inspiration. Mais l’histoire est tragiquement bien française, ça compensera peut-être pour ceux qui veulent du franco-français.


Merci à toi Manu

Non, non, c’est nous qui te remercions.
J’aimerais remercier pour ma part tous les membres de XANG, Vincent qui est une énorme source d’inspiration pour les compositions, Antoine qui a effectué un gros travail technique pour la réalisation de l’album, Matthieu pour vider régulièrement mon stock de bières, mais également Eric DOCHEZ avec qui nous avons travaillé pour les prises de son et le mixage.

 

 

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Dernière mise à jour : ( 01-05-2010 )